Philippe Meyer
35 livres recommandés dans 32 épisodes, de septembre 2024 à juillet 2026.
Le nouvel esprit public
Dernière recommandationDe Profundis - Lettres sur la prisonOscar Wilde · 5 juillet 20262026
13 livres
De Profundis - Lettres sur la prison
Oscar Wilde
· Changement d’époque en Allemagne - Pourquoi la guerre ne paie plus ?« Je ne résiste pas au plaisir de vous citer passage du De Profundis d’Oscar Wilde : « Most people are other people. Their thoughts are someone else's opinions, their lives a mimicry, their passions a quotation. » : « la plupart des gens sont d’autres gens. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre, leurs vies une imitation, leurs passions des citations. » C’est une réflexion salutaire à l’heure où tant de personnes prennent leurs opinions pour des jugements. J’ai retrouvé ce texte grâce à Simon Leys, dont les lectures réservent toujours de précieuses découvertes. »

Le nouveau pouvoir évangélique
Sébastien Fath
· Les accointances du Medef avec le RN - Le retrait des troupes américaines d’Allemagne« Le dimanche de Pentecôte, nous recevrons Sébastien Fath dont le livre m’a permis de réviser un certain nombre d’idées reçues sur le mouvement évangélique. J’y ai découvert une réalité beaucoup plus nuancée que ce que l’on imagine souvent, notamment en ce qui concerne leur influence aux États-Unis, qui semble décroître, alors même qu’elle s’affirme fortement ailleurs, en particulier en Afrique. Le livre propose une analyse très documentée et ouvre des perspectives utiles pour comprendre les recompositions religieuses à l’échelle mondiale, en dépassant les clichés habituels. »

Les Espions du président
Antoine Izambard, Pierre Gastineau
· Les accointances du Medef avec le RN - Le retrait des troupes américaines d’Allemagne« La semaine prochaine, nous recevrons Pierre Gastineau pour nous parler du renseignement Français. Il se trouve que Pierre Gastineau est co-auteur, avec Antoine Izambard, de ce livre qui explore les mutations récentes du renseignement, un univers en constante recomposition. On y comprend à quel point l’espionnage a évolué, bien au-delà de l’image un peu figée que l’on en a parfois, y compris depuis des œuvres de fiction comme Le bureau des légendes qui ont pourtant marqué les esprits. L’ouvrage éclaire ces transformations avec précision et permet de mieux saisir les enjeux contemporains liés à ces services, leur adaptation technologique et leur rôle stratégique dans un monde devenu plus instable et plus opaque. »

La vie sociale des haies : Enquête sur l'écologisation des mœurs
Léo Magnin
· Le modèle social français est-il soutenable ? - Ukraine, guerre oubliée« Je poursuis une réflexion engagée la semaine dernière autour de la transformation de l’agriculture, après la bande dessinée Champs de bataille, en m’intéressant cette fois à cette enquête du sociologue Léo Magnin. Ce livre m’a frappé par sa manière de saisir, à travers un objet apparemment modeste, le retour complexe des haies dans les pratiques agricoles : un mouvement encore hésitant, fait d’avancées et de reculs, qui témoigne à la fois d’une réhabilitation concrète et d’un regard critique sur les politiques passées ayant conduit à une agriculture productiviste, dominée par la technocratie, dont certains acteurs eux-mêmes ont fini par reconnaître les limites. »

Champs de bataille : L'Histoire enfouie du remembrement
Ines Leraud, Pierre Van Hove
· Travail et 1er mai - Élections hongroises« Cette bande dessinée de Inès Léraud et Pierre Van Hove fm’a beaucoup intéressé parce qu’elle revient avec précision sur la politique de remembrement de l’après-guerre et sur la manière dont une agriculture productiviste s’est imposée en France, dans le sillage notamment d’acteurs comme Edgar Pisani, qui reconnaissait lui-même, à la fin de sa vie, les limites et les erreurs de cette orientation. Le récit est solidement documenté, avec de nombreuses références qui permettent d’aller plus loin ou de vérifier les faits, et il met en lumière des décisions technocratiques d’une grande brutalité, prises au nom de l’efficacité. On y voit à quel point cette logique a pu relever d’une forme de table rase, presque doctrinale, indifférente aux conséquences humaines, économiques et écologiques, ce que la bande dessinée restitue avec une sensibilité et une intelligence remarquables. »

Les villes face au populisme : La bataille culturelle est engagée
Alain Cluzet
· Les municipales : quels enseignements ? - Nouveau choc pétrolier : quelles conséquences ?« Nous avons évoqué la spécificité du vote dans les grandes métropoles, et ce livre d’Alain Cluzet permet d’en approfondir la compréhension. Il ne s’agit pas seulement d’une analyse théorique fondée sur des données, mais d’un regard informé par l’expérience concrète d’un directeur général des services d’une grande ville, en l’occurrence Reims. Cette double approche, à la fois analytique et pratique, donne une lecture particulièrement éclairante des dynamiques politiques urbaines contemporaines. »

Tout passe
Vassili Grossman
· Entre l’Ukraine et l’Iran, la guerre a-t-elle changé de nature ?« En ce moment, je me replonge dans la lecture de Vassili Grossman, un auteur que j’avais déjà lu mais que l’on peut relire sans jamais s’en lasser, tant on y découvre chaque fois quelque chose de nouveau sur le monde et sur soi-même. J’ai recommencé par Tout passe, cette méditation à travers un personnage de fiction sur ce qui peut pousser un homme à commettre une action aussi misérable que dénoncer un crime qu’il sait inexistant — allusion au complot des blouses blanches, que Grossman avait lui-même contribué à accréditer en signant une dénonciation dont il a médité toute sa vie les conséquences. On a également publié récemment ses souvenirs et sa correspondance, rassemblés par son fils adoptif : on y retrouve un personnage profondément attachant et d’une lucidité remarquable, animé par une attitude profondément humaniste, par le désir de comprendre plutôt que de juger, voire sans juger. Cette volonté est d’une grande rareté et d’un prix immense. »

Colonne
Adrien Bosc
« Ce livre d’Adrien Bosc reconstitue le passage de la philosophe Simone Weil en Espagne au début de 1936, à partir de très peu de ses propres écrits mais de nombreux témoignages de ceux qui l’ont côtoyée durant ces quelques mois marqués par son engagement et par l’accident qui l’obligea à quitter le front après s’être gravement brûlée. Le récit s’appuie notamment sur une lettre admirable adressée à Bernanos, qu’il conserva toute sa vie aux côtés de celle d’un évêque, preuve de l’impact qu’elle eut sur lui au moment où, après avoir cru devoir soutenir Franco, il rompait radicalement avec ses convictions initiales pour dénoncer l’inhumanité de la guerre civile espagnole. On y retrouve l’écho de cette phrase terrible, « Pire que la férocité des brutes, il y a la férocité des lâches ». C’est un court ouvrage, aujourd’hui disponible en poche, d’une grande intensité morale et intellectuelle, qui m’a fortement impressionné. »

Le nouveau pouvoir évangélique
Sébastien Fath
« Cet ouvrage de Sébastien Fath, qui propose une analyse très éclairante de la montée en puissance du mouvement évangélique, non seulement aux États-Unis mais à l’échelle mondiale, en montrant comment ce courant religieux est devenu un acteur politique, culturel et social majeur. Le livre permet de comprendre les ressorts historiques, sociologiques et géopolitiques de cette influence croissante, souvent mal perçue en Europe. Il constitue une base précieuse pour appréhender un phénomène appelé à jouer un rôle durable dans les équilibres internationaux contemporains, au point que nous y reviendrons prochainement avec son auteur dans une émission thématique. »

Les Corps célestes
Jokha Alharthi
« En attendant, ce livre de Jokha Alharthi offre une entrée littéraire remarquable dans ces transformations. À travers le destin de trois sœurs, le roman raconte les mutations d’Oman sur cette période charnière. C’est un livre subtil, incarné, qui a reçu le International Booker Prize — une première, je crois, pour un ouvrage écrit en arabe — et qui permet de comprendre de l’intérieur les bouleversements d’une société en transition. »

Chroniques du ramadan : Voyage intimiste au cœur du jeûne
Akram Belkaïd
· Après le vote du budget, l’immobilisme jusqu’en 2027 ? - Quel sera le Japon de Sanae Takaichi ?« Je recommande ce livre d’Akram Belkaïd parce qu’il offre une entrée vivante et nuancée dans ce que recouvre réellement le mois de Ramadan. J’y ai trouvé des chroniques tantôt familiales, tantôt géopolitiques, qui éclairent un univers que l’on connaît mal, moins par difficulté que par manque de curiosité. On y découvre par exemple les tensions entre science et tradition dans la fixation du calendrier, les paradoxes entre unité spirituelle et rivalités culturelles — chacun défendant son Ramadan comme le plus authentique — ou encore des détails concrets, jusqu’aux enjeux autour des produits emblématiques comme les dattes. J’ai aussi été frappé par la description très incarnée de l’expérience du jeûne, qui rappelle qu’il s’agit d’un effort exigeant et non d’une simple abstraction religieuse. C’est une lecture accessible, instructive et incarnée que je conseille à quiconque souhaite mieux comprendre ce moment central de la vie musulmane. Saha ramdanek ! »

Alerte sur le patrimoine
Maryvonne de Saint Pulgent
· Notre dépendance vis-à-vis des États-Unis« Je recommande « Alerte sur le patrimoine », un petit livre de Maryvonne de Saint-Pulgent, pour laquelle je nourris une admiration affectueuse. Il est publié par Gallimard dans sa collection Tracts. Vous avez sans doute entendue Mme de Saint Pulgent dans nos suppléments (nos badas) du mercredi à propos de son ouvrage sur Notre-Dame et elle reviendra bientôt parler de son livre "Les musiciens et le pouvoir en France », sous-titré de Lully à Boulez. Ancienne directrice du patrimoine dont elle rappelle qu’il est l'or noir de la France, elle dresse un tableau aussi inquiétant que documenté de l’état de cette richesse — des églises rurales à l’Opéra Bastille, du Louvre aux grands monuments nationaux —, mais elle ne se contente pas d’établir les responsabilités, elle explore les moyens d’améliorer la situation, de trouver les financements indispensables, et d’affronter aussi bien les conséquences du surtourisme que celles de la folie des grandeurs de nos dirigeants. Aussi inattendu que cela puisse paraître, on sourit souvent à lire « Alerte sur le patrimoine » car, même si l'on devrait plutôt pleurer des inconséquences des politiques, leur récit détaillé et impitoyable en fait ressortir ce qu’elles ont de bouffon. »

Noms d'oiseaux : L'insulte en politique de la Restauration à nos jours
Thomas Bouchet
· Le grand vide des partis politiques - Où va la « doctrine Monroe » ?« Je recommande ce petit livre savoureux consacré à l’insulte politique, de la Restauration à nos jours. On y découvre que la violence verbale n’a rien de neuf, loin s’en faut ; ce qui l’est davantage, c’est la pauvreté littéraire des insultes contemporaines. Autrefois, même ceux qui n’avaient guère fréquenté l’école donnaient à leurs invectives une substance, une couleur historique, une élégance involontaire. Ce livre, érudit sans être pesant, rappelle que l’injure fut longtemps un art. »
2025
16 livres
De Gaulle, la France et le monde : Trente ans d'histoire par la caricature, 1940-1970
Julian Jackson, Alya Aglan
· Le nouveau rapport de force entre la Chine et l’Europe - Le bloc central s’effondre-t-il ?« Je voudrais recommander ce recueil de 30 ans de caricatures du général recensées et commentées par Julian Jackson et Alya Aglan, le premier bien connu de nos auditeurs, la seconde, spécialiste de l’histoire de la résistance... Celui à qui Lawrence Durell trouvait « des paupières d’épagneul rêveur » fut surtout, au début de son épopée la cible des dessinateurs britanniques qui égratignèrent le grand homme, son physique, bien sûr, qui leur facilite beaucoup la tâche, mais aussi son insistance à tenir tête à Churchill comme à Roosevelt, qui, en dépit qu’ils en aient, leur impose le respect. Revenu aux affaires, De Gaulle n’est guère épargné par les caricaturistes français. Mais c’est dans la presse internationale que Julian Jackson et Alya Aglan ont puisé l’essentiel de leurs réjouissantes et spirituelles trouvailles. Pour donner la mesure de l’intérêt porté au général par les caricaturistes, je citerai cette adresse au général rédigée par Vicky, le caricaturiste de l’Evening Standard à la veille de sa déclaration de candidature à l’élection de 1965, alors qu’il se plaisait à entretenir un faux suspense : « Cher Monsieur le Président, I see that you will give your decision whether to stand again or not on november the 4th. May I, on behalfof of cartoonists everywhere say that we await your words with great trepidation. We have lost of late some of our dearest subjects : Anthony Eden, Nikita Krouchtchev, Conrad Adenauer. I appeal to you not to resign as this would be the final blow to us. Thanking you in anticipation, I remain yours respectfully ». (Je vois que vous annoncerez votre décision quant à votre candidature le 4 novembre. Permettez-moi, au nom de tous les dessinateurs de presse, de vous dire que nous attendons votre réponse avec une grande appréhension. Nous avons récemment perdu certains de nos sujets les plus chers : Anthony Eden, Nikita Krouchtchev et Conrad Adenauer. Je vous supplie de ne pas démissionner, car ce serait un coup fatal pour nous. En vous remerciant d'avance, je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments respectueux.) »

Réconciliation : Mémoires
Juan Carlos Ier d'Espagne
« Je recommande ces mémoires du roi Juan Carlos parce qu’elles donnent à voir un personnage dont on croyait tout savoir, mais qui, dès qu’il aborde la politique, devient infiniment plus intéressant que ce que la partie mondaine laisserait croire. Au lecteur qui cherche du Gala, elles laisseront sans doute un goût de trop peu : on y trouve bien quelques anecdotes inédites, mais elles sont noyées dans une matière un peu molle, qui peine à retenir l’attention. En revanche, dès que le récit se concentre sur la transition espagnole, tout s’anime. On découvre à quel point la recherche du compromis, cette alchimie si particulière de la politique, s’est exercée dans des conditions presque impossibles : la mort de Franco en novembre 1975, la défiance d’un camp franquiste persuadé que Juan Carlos suivrait la même ligne, l’hostilité d’une opposition radicalisée par des décennies de dictature. C’est là que le livre devient précieux, parce qu’il montre comment un homme, avec toutes ses fautes, parvient à incarner une bascule démocratique que personne n’imaginait si rapide, ni si profonde. Les récits sur Franco lui-même, qui savait parfaitement vers quoi s’orienterait Juan Carlos, sont sidérants et mettent en lumière la mécanique étonnante qui a rendu possible cette transition. Et il y a enfin, pour le plaisir, ces épisodes où l’on voit Juan Carlos se confronter avec une élégance narquoise à ceux qui l’avaient éreinté, comme lors de cette promenade avec Mitterrand devant une photo où on le voit derrière Franco, le regard un peu égaré, et où il lance au Président : « n’est-ce pas, monsieur le Président, que l’on a l’air bête quand on attend ? » »

L'indicible de A à Z
Georges Salines
· Consommateur ou citoyen : les contradictions françaises - COP 30« Je voudrais inciter à la lecture ou à la relecture des deux livres de Georges Salines, le père de Lola, l’une des victimes du Bataclan : L’Indicible de A à Z, écrit au lendemain de l’attentat et Il nous reste les mots, dialogues avec AzdyneAmimour père d’un des terroristes du Bataclan. A propos du second de ces ouvrages, Georges Salines a déclaré : « Le livre a suscité beaucoup d’intérêt en France. Il a été traduit en anglais, en italien, en espagnol, en néerlandais… En Allemagne, ils ont fait une adaptation au théâtre. Et parmi les lecteurs, je n’ai quasiment jamais eu de retours négatifs. » La voix de Georges Salines, écrit une professeur de lettre à la veille d’une rencontre entre le père de Lola et des élèves de seconde, répète inlassablement qu’aucune cause, même juste (pas plus palestinienne aujourd’hui qu’algérienne jadis), ne peut justifier le terrorisme et que le terrorisme ne peut par ailleurs être un prétexte pour encourager la peur, les préjugés, la haine, l’amalgame. On ne peut y répondre que par les valeurs de la République. »

Géopolitique des antisémitismes
Hérodote
· Comment le terrorisme a transformé la société française depuis dix ans - La guerre au Soudan« Je voudrais recommander le dernier numéro d’Hérodote, revue de géographie et de géopolitique, numéro intitulé Géopolitique des antisémitismes. On y trouvera aussi bien une réflexion sur les rapports entre l'antisionisme et l'antisémitisme qu’une géographie de l'antisémitisme en France métropolitaine ou des articles sur l'antisémitisme en Iran en Pologne, aux États-Unis ou en Afrique du Sud. Je suis allé de surprise en surprise en lisant l’article intitulé « Chrysanthème et étoile de David » consacré au philo et à l’antisémitisme au Japon. D’abord parce que je n’imaginais pas qu’une quelconque « question juive » puisse se poser dans ce pays, ensuite parce qu’aussi bien chez les philosémites nippons que chez leurs contradicteurs antisémites, les juifs ne sont pas considérés du point de vue de leur religion, mais du point de vue de leur puissance supposée, telle que la dépeignit le « Protocole des sages de Sion ». Les philosémites entendent mettre cette puissance au service des intérêts du Japon, les antisémites voient dans les juifs le bras armé du capitalisme américain désireux de mettre la main sur la puissance économique japonaise. Comme l'écrit Béatrice gibelin dans son éditorial : « la permanence et l'université l'universalité de l'antisémitisme n'empêche pas que son expression revête une grande diversité selon les lieux, les époques et la présence plus ou moins active mais toujours très minoritaire, de populations juives ». »

Au travail avec Duras, Robbe-Grillet, Rivette et quelques autres
Luc Béraud
· Bilan de l’examen du Projet de Loi de Finances« Je recommande également ce livre de Luc Béraud, un cinéaste qui écrit sur le cinéma avec une clarté et une pédagogie rares. Il ne cherche jamais à impressionner, mais à faire comprendre, sans jargon, ce qu’est concrètement le métier de cinéma. Dans ce livre, il revient sur sa longue période d’assistant, qu’il raconte chapitre par chapitre, aux côtés de réalisateurs aussi différents que Marguerite Duras, Alain Resnais, Éric Rohmer ou Jacques Rivette. Ce sont des mondes très éloignés de Netflix ou de Kathryn Bigelow, mais Luc Béraud parvient à rendre chaque expérience vivante et instructive. Même quand on est réservé devant certains noms — je pense à Marguerite Duras, à propos de laquelle Pierre Desproges disait qu’elle n’avait pas écrit que des conneries, elle en avait aussi filmé — on se surprend à lire avec un réel intérêt les pages que Béraud lui consacre. »

Colombiennes
Pierre Boncenne
· Qu’attendent les Français des hommes politiques ?« Je voudrais recommander aux éditions Philippe Rey ce livre de Pierre Boncenne. Pierre Boncenne a été l’ami et le correspondant de Simon Leys, l’ami et le biographe de Jean-François Revel et l’ami et le bras droit de Bernard Pivot pour Apostrophes et aussi pour son magazine lire. Personne ne sera étonné que son livre constitue une savoureuse promenade littéraire parmi les écrivains d'Amérique latine. Il en parle d'une manière qui donne envie de se replonger dans ceux de ces auteurs que l'on a déjà eu le bonheur de lire et de découvrir ceux à côté desquels on est passé. À cette promenade littéraire s'ajoute une promenade dans une famille franco-colombienne vivant à Paris dans un attachement tantôt pittoresque et tantôt poignant pour ses racines et pour une fratrie où coexistent le souvenir d’un ancien président de la République, de divers ambassadeurs érudits et du prêtre apôtre de la théologie de la libération, Camilo Torres, oncle de l’auteur, mort dans la guérilla dont il brosse un portrait affectueux et impressionnant. C’est enfin une déambulation vengeresse au milieu des clichés qui ont fleuri de tout temps au sujet de l’Amérique latine qu’il s’agisse de son histoire, de sa géographie ou de ses régimes politiques. C’est avec une implacable tranquillité et une imparable connaissance des faits, des dits et des écrits de tous les idiots utiles qui ont gobé et propagé âneries, billevesées, insanités et plastronnades que Pierre Boncenne les renvoie à leurs ridicules comme à leur malfaisance. »

Histoire de l'Europe vol. 2 : La naissance de l'Europe ? Ve-XVe siècle
Xavier Hélary, Paul Bertrand, Sylvie Joye, Benjamin Deruelle
· Le projet de budget de Lecornu - La sécurité européenne face aux menaces russes après Copenhague« Je recommande le second volume de L’Histoire de l’Europe de Paul Bertrand et Sylvie Joye, paru aux éditions Passé-Composé sous la direction de Xavier Hélary. Il couvre la période qui va de l’effondrement de l’Empire romain au Vème siècle, ce long moment où le continent se fragmente en une mosaïque de royaumes avant de redécouvrir un sentiment d’unité autour de valeurs communes, et de se lancer à la conquête du monde. C’est un livre magnifique, richement illustré, passionnant à lire. À une époque où nous ne savons plus très bien ce que signifie « être Européen », il est réconfortant de redécouvrir qu’il y eut, avant nous, une Europe consciente d’elle-même, et qu’on peut encore comprendre de quoi elle était faite. »

Paradoxes de la pensée progressiste
André Perrin
· Les tentations illibérales aux États-Unis - La Nouvelle-Calédonie après les accords de Bougival« Je recommande la lecture du dernier livre d’André Perrin, agrégé de philosophie, qui prend l’intelligentsia dominante au pied de la lettre, ou plutôt au pied de ses lettres, mieux encore, au piège de ses écrits et de ses mots. Ceux qui tombent sous le regard documenté et ironique de l’auteur ne sont pas ceux qui empêchent de dire ce que l’on voit de la réalité politique et sociale, mais ceux qui, pour reprendre, comme Perrin, le mot de Péguy, sont ceux qui s’empêchent et qui empêchent de voir ce qu’on voit. En passant au tamis telle déclaration d’un économiste atterré, tel éditorial d’un journaliste faisant l’intéressant en s’appuyant sur une lecture de Descartes riche en contresens et qui semble relever de la méthode qui permettait à Woody Allen de lire La Guerre et la Paix en vingt minutes, en décortiquant un article qui justifie une fausse information au motif qu’elle est politiquement cohérente, André Perrin brosse un tableau d’une intelligentsia qui évoque irrésistiblement les médecins de Molière. C’est dire que l’on passe d’excellents moments à le lire et à rire tout seul dans son fauteuil. Perrin me fait penser à cet aphorisme de Samuel Johnson : « les gens n’ont pas besoin qu’on leur fasse la leçon, ils ont besoin qu’on leur rafraîchisse la mémoire ». »

Le père Jacques : Carme et éducateur - résistant et déporté
Alexis Neviaski
· C’est Nicolas qui paie : l’amorce d’un conflit intergénérationnel« Au revoir les enfants. Si l'on a vu le film de Louis Malle qui porte ce titre, on n'a pas pu oublier les dernières paroles adressées aux élèves par le religieux de l'ordre des Carmes que la Gestapo est venue arrêter en même temps qu’elle s’emparait, pour les envoyer à la mort, des trois jeunes garçons juifs hébergés et cachés dans le collège qu’il a fondé et qu’il dirige. Dans la vraie vie, ce religieux, né Lucien Bunel dans une famille de prolétaires normands s'appelait le père Jacques de Jésus. En plus d'héberger des Juifs, et pas seulement ces trois garçons, il est de longue date engagé dans la résistance. Ses activités ont été dénoncées. Il est déporté au camp de représailles de Neue Bremm, puis à Mauthausen et à Gusen. Il mourra d’épuisement à la libération des camps. Dans un livre d’Alexis Neviaski, Le père Jacques ; carme, éducateur, résistant. Publié par Tallandier il y a déjà 10 ans mais qui est toujours disponible sur la toile, j'ai découvert un éducateur exceptionnel pour qui l’autorité ne se gagne que par la confiance et un déporté qui, jusqu’au sacrifice, ne se départit jamais du souci des autres. Son compagnon d’enfer, Jean Cayrol, poète, romancier, essayiste, auteur du commentaire du Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, véritable Lazare revenu d’entre les morts, lui dédia un « Chant funèbre à la mémoire du Père Jacques » en ces termes : « Pour mon plus que frère, le R.P. Jacques du carmel d'Avon […], qui fit sourire le Christ dans le camp de Gusen, mort d'épuisement à Linz, le 2 juin 1945 ». Une vie qui secoue les lecteurs qui la découvrent. »

L'ours et le dragon
Sylvie Bermann
« Je voudrais recommander ce livre de Sylvie Bermann, qui porte sur les rapports de la Russie et de la Chine pays dans lesquels Sylvie Bermann a représenté la France. Ces rapports ont une histoire longue dont l'autrice retrace ce qui peut être utile à une compréhension de leur état actuel, ils ont aussi une histoire récente, marquée par une ambiguïté derrière la façade d'une adhésion commune au communisme. Après avoir été le grand frère est même le tuteur de la Chine, la Russie se retrouve aujourd'hui dans une situation économique et industrielle très inférieure à celle de son ancienne protégée. Que leur reste-t-il de vision et d'intérêt partagés ? Comment prétendent-elles l'une et l'autre poursuivre leur rêve impérial et quels jeux jouent-elles avec l'autre empire, celui que conduit désormais Donald Trump ? »

Du rimmel et des larmes
Jacqueline Rémy
· La gauche décomposée ? - Quelle paix pour l’Ukraine ?« Je vous recommande un livre de Jacqueline Remy, naguère journaliste à l'Express, qui est une biographie de Rachida Dati. Le livre date de 2009. Il est illustratif de ce qu'est du bon journalisme, c'est-à-dire un journalisme sans préjugés, et documenté. Il nous apprend beaucoup de choses, et sur une certaine façon de faire de la politique, ou plutôt d'avancer dans la politique, et aussi sur une certaine façon dont la société, et notamment les gens les plus « convenables », peuvent être saisis tout à coup de divers démons qui vont du démon du patronage à des démons … moins convenables. »

Si Einstein avait su...
Alain Aspect
« Je voudrais recommander un livre récemment paru aux éditions Odile Jacob et intitulé, si Einstein avait su. Ce livre est signé du prix Nobel de physique Alain Aspect, dont nos auditeurs ont eu l'occasion d'apprécier le mélange de sérieux, de clarté et de bonhommie. Du jour où le prix Nobel lui a été attribué Alain Aspect a tenu à rendre hommage à son professeur de physique en classe terminale Mr Hirsch. Depuis que ce prix Nobel lui a été attribué Alain Aspect prolonge cet hommage en mettant les bouchées doubles pour faire connaître la physique, et pas seulement la physique quantique, pour susciter l'intérêt pour les études scientifiques en montrant - et c'est ce qu'il fait dans ce livre - à quel point peuvent être passionnantes les divergences de points de vue entre deux scientifiques, en l’occurrence Albert Einstein et Niels Bohr. Bien entendu, vous pouvez retrouver sur notre site l'émission thématique sur la physique quantique que nous avions enregistrée avec Alain Aspect au printemps 2023. »

Hillbilly Élégie
J.D. Vance
· L’héritage de Le Pen - Trump + Musk = ?« Je voudrais recommander la lecture du livre d'un personnage qui a un peu disparu à la faveur de la montée d’Elon Musk, le vice-président élu James David (J.D) Vance. Hillbilly élégie, disponible en poche, n’est pas l’œuvre d’un styliste ni d’un penseur politique, mais c’est peut-être le livre qu’aurait pu écrire un de ces gilets jaunes, qui ne sont pas que l’apanage de la France. (Lapsus significatif de cette lecture, j’avais d’abord écrit Hillbilly énergie). C’est aussi le livre d’un homme qui pourrait être appelé à succéder à Donald Trump avant le terme de son mandat si l’âge ou surtout la violence dont il a été par deux fois le rescapé ne venait à éliminer celui qui a à maintes reprises mis les règles cul par-dessus tête. »

Le Socialisme en France et en Europe: (XIXe-XXe siècle)
Michel Winock
· La social-démocratie et Michel Rocard« Si nos auditeurs veulent mieux comprendre l’histoire de la social-démocratie, je leur recommande ce livre de Michel Winock, publié dans la collection collection Points Histoire. »
2024
6 livres
Les Etats-Unis au bord de la guerre civile ? Pourquoi les Américains se détestent
Mathieu Gallard
· Antisémitisme, drogue, sécurité, immigration : M. Retailleau est-il condamné aux imprécations ?« Pourquoi les Américains se détestent. Mathieu Gallard a écrit son livre plusieurs mois avant l'élection mais il prend la candidature de Trump très au sérieux et il y voit un moment décisif d'une évolution vers la polarisation du pays dont il pense qu'elle le conduit au bord de la guerre civile, situation dont il cherche à déceler les conséquences. Lui aussi replace les tensions politiques et sociales dans leur contexte historique et analyse le processus de polarisation à partir de l'apolitisme des années 50 avant d'examiner les différents scénarios possibles pour les États-Unis et leurs conséquences pour l'Europe. Mathieu Gallard rappelle que les lois clivantes sur les droits civiques ou sur la protection sociale ont été adoptées naguère par des majorités bipartisanes aujourd'hui impossible à réunir. Il souligne un point que j'ai peu vu développé : celui d'un découpage électoral ultra partisan qui n'incite plus les élus à conquérir un électorat modéré, découpage couplé à un système de primaire qui conduit à sélectionner les candidats radicaux et à un système de financement de la vie politique qui offre aux donateurs de considérables possibilités d'influence. Si on observe que de Reagan à Trump les Républicains se sont considérablement radicalisés, on a moins conscience que ce mouvement existe également chez les Démocrates. Gallard définit une polarisation affective qui a contribué à l'élection de Trump et souligne que la polarisation aux États-Unis si elle n'est pas totale pourrait encore s'aggraver. »

Géopolitique de la puissance américaine
Laurence Nardon
· Antisémitisme, drogue, sécurité, immigration : M. Retailleau est-il condamné aux imprécations ?« Quel rôle pour les États-Unis dans le monde ? L'un des intérêts du livre de Laurence Nardon et de replacer la situation actuelle dans l'évolution de la géopolitique américaine depuis la fin du dix-neuvième siècle. Sur cette base, elle examine les différentes mutations de la puissance économique, de la puissance militaire, de la puissance technologique, et du soft power des États-Unis avant d'examiner la marge de manœuvre que cette évolution et ces mutations laissent à l'Europe. »

Mémoires interrompus
Bertrand Tavernier
· L’élection et la situation des Etats-Unis - Conséquences pour l’Europe et la France« L’Institut Lumière et Actes Sud publient ces Mémoires interrompus de Bertrand Tavernier. C’est aussi passionnant que son Voyage au cœur du cinéma français, on y retrouve la qualité de la mémoire et l’ampleur du regard de l’auteur. C’est à la fois sa ville, Lyon, son enfance, son entrée dans le cinéma, d’abord comme spectateur glouton, puis comme attaché de presse (de Jean-Luc Godard entre autres), ses premiers films, l’importance du soutien de Philippe Noiret … Plus largement, c’est tout le monde du cinéma, avec les films, les producteurs, les acteurs, les techniciens, la cantine des tournages, qu’on retrouve dans ce livre, avec la générosité de Bertrand Tavernier. Et bien que le livre soit assez épais, il se termine très tôt, avec Un dimanche à la campagne, qui est l’un de ses films que je préfère. Mais c’est une bonne chose que le livre se termine sur ce film, que Bertrand a fait (et réussi) contre toute raison, et qui lui avait valu les insultes les plus répugnantes de certains journaux. »

Sortir du travail qui ne paie plus
Antoine Foucher
· Sortir du travail qui ne paie plus, avec Antoine Foucher« Le livre d’Antoine Foucher vient de paraître, et comme vous avez pu en juger par la vivacité de notre conversation, c’est une lecture particulièrement stimulante. »

Comédie-Française : Une histoire intime de la Maison de Molière
Aliette Martin
· La gauche façon puzzle - Israël : ses responsabilités, ses adversaires, ses alliés« Aliette Martin nous fait découvrir « sa » Comédie-Française qu'elle fréquente depuis ses 6 ans. Dans l'ombre pendant quarante ans, de Pierre Dux à Eric Ruf, elle était le métronome de cette maison, chargée d’abord d'assister la direction artistique puis la coordination de la salle Richelieu. Au rythme de ses souvenirs, elle nous emmène aux côtés des metteurs en scène, des comédiens et des administrateurs. « J'ai beaucoup appris à leur écoute. Les êtres humains sont faillibles, mais je peux témoigner de la sincérité, de la rigueur que chacun s'efforce d'avoir. » Et de la persévérance, comme celle dont fit preuve Francis Huster, héros tourmenté de Tchekhov dans la Mouette, qui essaya un nombre incalculable de fois d'accéder au poste d'administrateur du théâtre. Le ton est affectueux, volontiers humoristique, sauf quand Aliette Martin n'hésite pas à dire les choses qu'elle réprouve et ne cache pas les moments de tension. Les colères du metteur en scène Robert Wilson lors de la création des Fables de La Fontaine ou les affrontements entre l'administratrice Muriel Mayette-Holtz – première à faire rentrer au repertoire un auteur américain, Tennessee Williams – et le conseil d'administration où certains sociétaires sont présents. Cette écriture tendre, à la première personne, dévoile les rapports au sein de la troupe, décrit les spécificités de ce théâtre qui vont des acrobaties de l'alternance des représentations dans la salle Richelieu au fonctionnement de la Société des comédiens français et aux comités de fin d'année dont dépend le sort des uns puis des autres. »

Ces Russes qui s'opposent à la guerre
Anya Stroganova
· Le gouvernement face au budget - Le Liban face à une possible guerre« Je voudrais recommander Ces Russes qui s’opposent à la guerre, un livre collectif préfacé par Marie Mendras paru aux éditions Les Petits matins. « Un héros, écrivait Romain Rolland dans « Jean-Christophe », c’est quelqu’un qui fait ce qu’il peut. Les autres ne le font pas. ». Celui qui a créé le projet Iditie lessom, « Passer par la forêt » pour venir en aide aux déserteurs, celle qui, avec Memorial, cette association qui, jusqu’à sa dissolution par Poutine malgré son prix Nobel, rendait et continue à rendre aux Russes leur mémoire parce que sans cette mémoire, on ne peut pas constituer une société civile, celle qui a créé Kovtcheg, « L’Arche », pour accompagner les Russes en exil, celle qui anime la chaîne YouTube de la fondation anticorruption d’Alexeï Navalny, celui qui a fondé les éditions Freedom letters et qui, en publiant « Berceuse pour Mariopol », donne la mesure de l’abomination de la guerre de Poutine, tous, lorsque les artisans de ce livre leur demandent : « qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs européens ? » répondent qu’il existe dans toute la Russie des personnes qui ne se résignent pas à la tyrannie poutinienne et que soutenir l’Ukraine contre son agresseur, c’est les soutenir. Sergueï Gouriev, Grigori Sverdline, Alexandra Garmajapova, Inna Berezkina, Anastasia Chevtchenko, Irina Sherbakova, Anastasia Bourakova, Gueorgui Urushadze, Timofeï Martynenko, Natalia Arno, Lev Ponomarev, Helga Pirogova, et Olga Mikhaïlova, l’avocate de Navalny font ce qu’ils peuvent. Il me semble que nous pouvons leur donner le nom que leur réservait Romain Rolland, mais ce n’est pas ce qu’ils nous demandent ; ils nous demandent de réaliser et de dire qu’ils ne sont pas seuls et qu’en Russie et en dehors, il existe ce que Marie Mendras ne craint pas d’appeler une Résistance. »
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