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Noms d'oiseaux : L'insulte en politique de la Restauration à nos jours Thomas Bouchet

Côté pile, les insultes sont réputées injustes et blessantes. Côté face, on les dit futiles et indignes d’attention. Elles semblent incarner les petitesses du débat politique. Elles méritent pourtant mieux que l’irritation, le sourire ou le mépris. Que l’on choisisse simplement d’en étudier une de près et l’enquête, palpitante, commence. Car la parole mordante ne se laisse pas cerner si facilement. Elle ne se révèle dans toute sa profondeur que si l’on prend le temps de décortiquer les mots incriminés, d’identifier les auteurs, victimes et témoins, de mettre les principaux enjeux en lumière, de décrypter le déploiement des conséquences immédiates ou lointaines. Au-delà de leur impact immédiat, « menteur », « ruraux », « vous êtes du Syndicat », « chiens couchants » ou « représentants du peuple entre guillemets » exigent – bien davantage que le très pauvre « Cass’toi alors, pauv’con » de Nicolas Sarkozy – un patient décodage. 
Noms d’oiseaux est l’étude suivie d’une douzaine de ces situations d’insultes extraites de l’histoire française, au fil de deux siècles de parlementarisme. On y croise, au gré des chapitres, des groupes d’ultraroyalistes, de boulangistes ou de communistes en colère, mais aussi Honoré Daumier à sa table de travail, Michel Goudchaux en pleine déconfiture, Victor Hugo à l’assaut de « Napoléon le Petit », Georges Clemenceau l’épée au poing, Jean Jaurès frappé à la nuque, Léon Blum ou Simone Veil estomaqués par l’abjection de ce qu’ils viennent d’entendre, Dominique de Villepin les deux index pointés contre François Hollande. Par la petite porte, les insultes permettent de s’installer au coeur des débats d’hémicycle, de la Restauration à nos jours, en passant par l’Affaire Dreyfus, le Front populaire ou encore la Guerre froide.

Philippe Meyer : Je recommande ce petit livre savoureux consacré à l’insulte politique, de la Restauration à nos jours. On y découvre que la violence verbale n’a rien de neuf, loin s’en faut ; ce qui l’est davantage, c’est la pauvreté littéraire des insultes contemporaines. Autrefois, même ceux qui n’avaient guère fréquenté l’école donnaient à leurs invectives une substance, une couleur historique, une élégance involontaire. Ce livre, érudit sans être pesant, rappelle que l’injure fut longtemps un art.

Ce livre est recommandé par : Philippe Meyer

Ce livre est mentionné dans :

Le grand vide des partis politiques - Où va la « doctrine Monroe » ? - Le nouvel esprit public

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