Travail et 1er mai - Élections hongroises - Le nouvel esprit public
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Livres recommandés dans cet épisode :
Champs de bataille : L'Histoire enfouie du remembrement : Cette bande dessinée de Inès Léraud et Pierre Van Hove fm’a beaucoup intéressé parce qu’elle revient avec précision sur la politique de remembrement de l’après-guerre et sur la manière dont une agriculture productiviste s’est imposée en France, dans le sillage notamment d’acteurs comme Edgar Pisani, qui reconnaissait lui-même, à la fin de sa vie, les limites et les erreurs de cette orientation. Le récit est solidement documenté, avec de nombreuses références qui permettent d’aller plus loin ou de vérifier les faits, et il met en lumière des décisions technocratiques d’une grande brutalité, prises au nom de l’efficacité. On y voit à quel point cette logique a pu relever d’une forme de table rase, presque doctrinale, indifférente aux conséquences humaines, économiques et écologiques, ce que la bande dessinée restitue avec une sensibilité et une intelligence remarquables. Philippe Meyer
La fin d'un monde : Ce livre de Pierre Haski m’a beaucoup intéressée parce qu’il mêle un parcours personnel, depuis sa Tunisie natale jusqu’à ses expériences de journaliste à travers le monde, notamment en Chine ou à Zanzibar, à une réflexion très concrète sur l’évolution du métier de journaliste. Ce qui m’a frappée, c’est la manière dont il raconte de l’intérieur certaines pratiques aujourd’hui presque disparues, comme ces reportages de terrain très incarnés que Libération avait organisés avant le référendum sur la Constitution européenne, en envoyant ses journalistes raconter le quotidien dans différents pays. À travers des anecdotes très précises, parfois surprenantes, on comprend comment se construisait l’information, avec une immersion qui allait très loin, et le livre devient ainsi aussi une forme d’histoire vivante du journalisme. Michaela Wiegel
American Spirits : Ce recueil posthume de Russell Banks, composé de trois récits situés dans une petite ville de l’État de New York, m’a profondément marquée par la manière dont il fait surgir une violence extrême à partir de situations apparemment ordinaires, qu’il s’agisse de voisinage ou de relations familiales. À travers ces histoires, on découvre une société minée par la désindustrialisation, la précarité économique et une forme d’hypocrisie sociale où les apparences sont préservées tandis que les tensions s’accumulent en privé. Ce qui frappe, c’est à quel point cette violence intime éclaire, en creux, les évolutions politiques récentes des États-Unis, jusqu’à l’élection de Donald Trump. Le style est remarquable, avec une tension narrative constante et des chutes particulièrement efficaces, si bien que la lecture devient à la fois captivante et profondément mélancolique sur l’état de cette Amérique. Nicole Gnesotto
L'évolution pédagogique en France : La lecture de ces cours d’Émile Durkheim a été pour moi une véritable révélation intellectuelle, parce qu’elle apporte une explication très profonde à un trait que l’on retrouve constamment en France : ce goût pour l’abstraction et les idées générales, qui structure encore aujourd’hui notre système scolaire. Ce qui est frappant, c’est la généalogie qu’il en propose, en remontant notamment à l’enseignement des Jésuites aux XVIe et XVIIe siècles, contraints d’intégrer l’héritage de la Renaissance tout en transmettant le christianisme, ce qui les conduit à privilégier une approche abstraite, fondée sur les textes antiques mobilisés pour penser des catégories générales plutôt que des réalités concrètes. Les pages qu’il consacre à la différence entre Shakespeare et Molière sont particulièrement éclairantes : d’un côté une tradition ancrée dans le particulier, de l’autre une culture des types et des caractères. Et lorsque Durkheim décrit cette formation intensive, presque forcée, qui pousse les élèves à produire très tôt une pensée structurée, on a le sentiment troublant de lire une description de notre système actuel. Cela agit comme un miroir, à la fois explicatif et assez salutaire, en invitant à une certaine modestie sur ce que produit réellement cette formation des élites. Je termine en lisant un passage : « la culture que donnaient les cours était extraordinairement intensive et forcée. On sent comme un immense effort pour porter presque violemment les esprits à une sorte de précocité artificielle et apparente. De là, cette multitude de devoirs écrits, cette obligation pour l'élève de tendre sans cesse les ressorts de son activité, de produire prématurément et d'une manière inconsidérée ». On croirait lire la description des classes préparatoires en France en 2026, alors qu’il s’agit des cours des collèges jésuites au XVIIe siècle. Lumineux. Antoine Foucher
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