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Livres recommandés par Hervé Le Tellier

Hervé Le Tellier a recommandé 5 livres dans 1 épisodes.

Les misérables Victor Hugo

"L'avenir arrivera-t-il ? il semble qu'on peut presque se faire cette question quand on voit tant d'ombre terrible. Sombre face-à-face des égoïstes et des misérables. Chez les égoïstes, les préjugés, les ténèbres de l'éducation riche, l'appétit croissant par l'enivrement, un étourdissement de prospérité qui assourdit, la crainte de souffrir qui, dans quelques-uns, va jusqu'à l'aversion des souffrants, une satisfaction implacable, le moi si enflé qu'il ferme l'âme ; - chez les misérables, la convoitise, l'envie, la haine de voir les autres jouir, les profondes secousses de la bête humaine vers les assouvissements, les coeurs pleins de brume, la tristesse, le besoin, la fatalité, l'ignorance impure et simple. Faut-il continuer de lever les yeux vers le ciel ? le point lumineux qu'on y distingue est-il de ceux qui s'éteignent ? L'idéal est effrayant à voir ainsi perdu dans les profondeurs, petit, isolé, imperceptible, brillant, mais entouré de toutes ces grandes menaces noires monstrueusement amoncelées autour de lui ; pourtant pas plus en danger qu'une étoile dans les gueules des nuages." IVᵉ partie, livre 7, chap. IV.

Younès Boucif : Je suis très ému par la bonté que dégage ce texte. Je trouve vraiment très touchant d'être capable de générosité à ce point, d'empathie, de désintérêt pour soi-même, de sauver l'autre comme le fait l’abbé. Je suis musulman, mais je fais mon bout de chemin, comme tout le monde et dans la religion musulmane, on nous parle des hassanates, c'est ce qu'on gagne à faire le bien, les bonnes actions. Ce n'est pas ma vision de comptabiliser les bonnes actions comme un compte en banque qui se remplit. Ce qui m’émeut, c'est quand on essaie de faire le bien pour le bien, en étant le plus à l’écart possible de la bonne action.

Hervé Le Tellier : La phrase finale de ce passage est très intéressante. Il y est dit que s’il faut pleureur sur les enfants, il faut plutôt pleurer du côté sur les petits du peuple parce qu'il y a plus longtemps qu'ils souffrent. Il parle donc de l'égalité entre les enfants, mais s'il faut choisir, il faut pencher du côté du martyr et donc de celui qui souffre le plus depuis le plus longtemps. J’ai choisi de relire ce texte, parce qu'il est d'une actualité dingue.

Juan Branco : Les misérables, de Victor Hugo, parce que ça vous donne une charpente littéraire, politique, intellectuelle, et que c'est pas du tout un livre chiant. En fait, c'est ce genre de livres qui sont au programme, à l'école, et donc on se dit qu'ils sont pas faits pour nous, et en fait c'est des livres merveilleux à découvrir par soi-même et à s'approprier.

David Djaïz : C’est de là que j'ai tiré cette phrase "Étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait". C'est un magnifique livre justement sur l'âme française et notre capacité à nous révolter face aux injustices.

Recommandé par : Hervé Le Tellier (et aussi par Younès Boucif, François Busnel, Ramsès Kéfi, François Busnel, François Busnel, Juan Branco, Xavier Fontanet, Juan Branco, François Busnel, Michel Wieviorka, David Djaïz)

Episode : Dans la bibliothèque d'Hervé Le Tellier - Le Book Club

Les aventures de Tom Sawyer Mark Twain

Un héros irrésistible, un chef-d'oeuvre du roman d'aventures.
Comme tous les garçons de son âge, Tom Sawyer adore manquer l'école. Il préfère jouer aux pirates sur le Mississippi et faire les quatre cents coups avec son ami Huckleberry, le petit vagabond... Une nuit, lors d'une expédition dans le cimetière du village, Tom et Huck assistent à un crime abominable. Dès lors, ils n'ont plus qu'une idée en tête : retrouver l'assassin et s'emparer de son trésor.

Hervé Le Tellier : Quand on est enfant et qu'on lit Tom Sawyer, d'un seul coup, il y a une sorte de raccourci de l'humanité à travers ce qui y est dit, mais quand je l'ai lu la première fois, je me souviens d'avoir été fasciné par ce temps qui passait à travers juste une goutte qui tombe. Il y a déjà dans ce texte-là quelque chose que j'ai retrouvé, plus tard, chez Italo Calvino. Cette réflexion toute simple à partir d'une petite prison dans laquelle est enfermé le pauvre Injun Joe, dans laquelle il va mourir de faim, et dans laquelle tout va tourner autour de la goutte, qui a peut-être un but, qu'on ne connaît pas encore, mais qui va s'affirmer au cours des millénaires.

Recommandé par : Hervé Le Tellier

Episode : Dans la bibliothèque d'Hervé Le Tellier - Le Book Club

Collection de sable Italo Calvino

Une femme fait collection de sable. Rangeant les flacons étiquetés, elle ranime dans sa mémoire les sensations d'une plage. Ainsi l'écrivain aligne les mots, espérant découvrir dans le travail du langage matière à comprendre le monde. 

Collection de sable rassemble une quarantaine d'articles. Mappemondes anciennes, mannequins de cire, paysages et scènes d'Iran, du Mexique, du Japon : autant d'objets, de lieux, de rites sociaux qu'Italo Calvino interroge avec une curiosité contagieuse. 

Un délice d'intelligence et de subtile pédagogie.

Hervé Le Tellier : Chez Italo Calvino, il y a cette capacité à prendre une chose qui semble a priori anodine et à la décortiquer de toutes les manières possibles pour arriver à quelque chose qui est, en fait, d’une extrême profondeur. La compréhension qu'effectivement, les mots sont des mots comme le sable est du sable, c'est aussi extrêmement intelligent. Il y a quelque chose qui, dans ce texte, parle fondamentalement du côté vain des choses, parce qu'il n'y a rien de plus vain que le sable. Mais, le sable est aussi, ce qui définit le temps avec les sabliers. En fait, le sable est pour nous une symbolique incroyable, car c’est à la fois l'infini, puisque, comme chacun sait, il y a plus de galaxies qu'il n'y a de grains de sable sur la Terre, mais aussi le sable nous ramène de manière inconsciente, mais de manière systématique, à cette idée de la finitude et du temps qui s'écoule inexorablement.

Recommandé par : Hervé Le Tellier

Episode : Dans la bibliothèque d'Hervé Le Tellier - Le Book Club

L'Aleph Jorge Luis Borges

"L'Aleph restera, je crois, comme le recueil de la maturité de Borges conteur. Ses récits précédents, le plus souvent, n'ont ni intrigue ni personnages. Ce sont des exposés quasi axiomatiques d'une situation abstraite qui, poussée à l'extrême en tout sens concevable, se révèle vertigineuse. Les nouvelles de L'Aleph sont moins roides, plus concrètes. Certaines touchent au roman policier, sans d'ailleurs en être plus humaines. Toutes comportent l'élément de symétrie fondamentale, où j'aperçois pour ma part le ressort ultime de l'art de Borges. Ainsi, dans L'Immortel : s'il existe quelque part une source dont l'eau procure l'immortalité, il en est nécessairement ailleurs une autre qui la reprend. Et ainsi de suite... Borges : inventeur du conte métaphysique. Je retournerai volontiers en sa faveur la définition qu'il a proposée de la théologie : une variété de la littérature fantastique. Ses contes, qui sont aussi des démonstrations, constituent aussi bien une problématique anxieuse des impasses de la théologie." Roger Caillois.

Hervé Le Tellier : Le personnage de ce texte est un prêtre emprisonné qui pense que son dieu a écrit, dans le dessin qui constitue la fourrure du jaguar, les mots qui lui permettront de s'échapper de sa prison. Il passe donc sa vie à chercher dans la fourrure du Jaguar, qu’il ne peut voir qu’une fois par jour, l'écriture de son dieu. Au moment où il arrive à lire l'écriture de Dieu dans son Jaguar, il décide que ce n'est pas plus important, et qu'il n'a plus besoin de lire l'écriture de Dieu. Cette écriture est devenue inutile par rapport au trajet qu’il a fait dans sa psyché. Il n'a plus besoin de son propre Dieu pour s'échapper. C'est très énigmatique et vraiment très intéressant.

Recommandé par : Hervé Le Tellier

Episode : Dans la bibliothèque d'Hervé Le Tellier - Le Book Club

La grande aventure Victor Pouchet

« Le fil c’est peut-être une histoire très simple : tragi-comédie en cinq actes et deux personnages. L’un régulièrement menace de partir. L’autre se contente d’écrire des poèmes, dans l’espoir absurde de l’en empêcher. »

Dans ce roman-poème, Victor Pouchet déroule en vers une histoire d’amour et d’amitié à la fois bouleversante et légère. Celle d’un homme et d’une femme qui se rencontrent, se quittent et se retrouvent. Et des petites et grandes aventures que la vie leur offre – réservoir de joies et batailles inédites. Avec humour, grâce et musique, Victor Pouchet nous emporte dans un livre plein de trésors et de simplicité. Une grande aventure.

Hervé Le Tellier : J’ai fait un choix très contemporain et j'ai choisi le livre de Victor Pouchet qui est un ami. Je l'ai choisi parce que j'ai vu ses poèmes s'écrire, et ça n'arrive pas à tout le monde de voir des poèmes s'écrire au cours de sa vie. On était ensemble pendant le confinement, et Victor écrivait un poème par jour. Je trouve que ce qui est difficile dans la poésie, c'est qu'elle est prise entre deux tiraillements : un tiraillement vers le grandiloquent, un tiraillement vers le banal, ou plutôt un tiraillement vers le grandiose, et un tiraillement vers le ridicule. Victor réussit à faire quelque chose que je trouve rare, qui est d'être sur la ligne de crête, de ne jamais tomber d'un côté ni de l'autre, et d'arriver à dire des choses très simples tout en faisant passer une émotion extrêmement forte, cela, dans une poésie du quotidien, qui parle de choses qu'on croise tous les jours.

Recommandé par : Hervé Le Tellier

Episode : Dans la bibliothèque d'Hervé Le Tellier - Le Book Club

Hervé Le Tellier apparait dans les épisodes suivants :

Le Book Club diffusé le 29/08/2025

Dans la bibliothèque d'Hervé Le Tellier

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