Livres recommandés par Claire Chazal
Le trait de côte Christophe Boltanski
Dans sa maison de Barfleur, le narrateur vivait sans le savoir avec des fantômes du passé. Seule une photo, prise à la veille de la Première Guerre mondiale, représentait une famille à l’air figé, marquée par le drame.
Le jour où il découvre par hasard une liasse de correspondances et de poèmes non signés, commence une enquête opiniâtre, drolatique, qui, partant du trait de côte normand, nous mène dans un sanatorium de la Creuse où dansent des femmes flamboyantes promises à la mort, chez des instituteurs communistes dans le sud de la France, jusqu’aux portes de l’enfer des camps de concentration.
Quelle réalité, faite de tragédies intimes et historiques, ces vies minuscules, dures au mal, peuvent-elles recouvrir ? Avant que les eaux ne submergent Barfleur comme l’oubli submerge notre mémoire, Christophe Boltanski leur tend par-delà les âges une main fraternelle et compatissante.
Recommandé par : Claire Chazal (et aussi par Rebecca Manzoni)
Archive de Berthe Bendler Vincent Jaury
« J’aurais préféré que ce soit toi qui partes et non ton frère » : voilà les mots d’Eisik Bendler à sa fille Berthe, en 1945, lorsqu’il apprend que son fils aîné déporté dans les pays baltes a été tué par les Allemands un an plus tôt.
Issue d’une famille de Juifs polonais établie en France dans les années 1930, Berthe Bendler, grand-mère paternelle de Vincent Jaury, a dû subir ce poids de la mort évitée malgré elle. De son adolescence en province à sa vieillesse à Paris, en passant par Nice durant la guerre, voici le portrait bouleversant d’une jeune femme à la jeunesse anéantie par la tragédie devenue une grand-mère viscéralement attachée à son petit-fils.
Sans pathos, Vincent Jaury évoque les traumatismes de la Shoah et les ineffaçables traces qui affectent jusqu’aux descendants de ceux qui l’ont subie. Tiraillée entre l’expression de son héritage juif et l’intégration dans la société française, Berthe fait d’abord le choix de l’oubli au profit de l’assimilation, avant de renouer avec son passé douloureux.
Grâce à ses souvenirs, aux récits de sa grand-mère et à des archives administratives et judiciaires inédites, Vincent Jaury construit un récit personnel et émouvant qui s’inscrit dans l’histoire générale. Comme on disait dans la poésie classique, ce livre est un tombeau, à la fois hommage, résurrection et enterrement : « Un cercueil, où l’on enferme pensées, émotions et souvenirs, pour toujours. » Berthe Bendler, vivante.
Recommandé par : Claire Chazal
La maison imaginaire Jean Rouaud
La maison imaginaire, celle dont nous avons hérité, procède d'un Livre : la Bible, présente à chaque instant de nos vies, avec la part visible de son héritage - l'exubérance des cathédrales, les innombrables marques qu'elle a laissées dans notre langage et dans nos modes de pensée, les milliards de représentations que les artistes en ont tirées. De son éducation religieuse, Jean Rouaud a appris à lire les images : ce Christ glorieux qui au fil des siècles se fait de plus en plus souffrant, de plus en plus humain, rendant de moins en moins crédible sa sortie de la mort. Mais il faut compter aussi avec la part invisible, à savoir la dette contractée envers le judaïsme qui a fait de nous ce que nous sommes. L'impossibilité de rembourser cette dette, nous dit l'auteur, a nourri de siècle en siècle, de bûchers en pogroms et jusqu'à sa mise en oeuvre par les nazis, une volonté d'extinction du monde juif. La méditation philosophique et religieuse s'entrelace avec le récit autobiographique. Il s'agit pour l'auteur de retrouver les sources de son imaginaire, qu'il localise clairement dans les textes sacrés de la chrétienté, où puise la culture juive, mais aussi au-delà dans les profondeurs du temps qu'on nomme injustement la préhistoire. L'écriture de Jean Rouaud, fluide et pénétrante, joue avec divers niveaux de langue, mélangeant la complexité érudite et un ton parfois amusé, reliant des informations éparses, cherchant à donner peu à peu une cohérence aux matériaux accumulés au cours d'une vie, pour édifier, pierre à pierre, son palais poétique.
Recommandé par : Claire Chazal
Le coeur lourd Alain Finkielkraut
Une enfance de l'après-guerre, dans une famille de survivants qui croyaient en l'école. Un goût pour la littérature comme moyen d'accès privilégié à tout le reste, à l'art, aux paysages, à la France, aux animaux. Une identité juive inquiète, faite de fidélité aux parents et aux morts, mais dans laquelle le ciel est vide. Que reste-t-il de tout cela quand en France désormais la littérature s'efface, et quand la situation en Israël est un tourment quotidien ? Comment tenir, coûte que coûte, la ligne de crête ? "Pour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l'innocence. C'est cela le coeur lourd." Au fil d'une conversation avec Vincent Trémolet de Villers, Alain Finkielkraut offre ce qui est peut-être son livre le plus personnel.
Recommandé par : Claire Chazal (et aussi par Augustin Trapenard)
Un violent désir de chaleur humaine Tania de Montaigne
« Dégénérée », « Vas faire à bouffer connasse ! », « Vas t'occuper de ton gosse ! » , « T'es pas prête à ce qui va t'arriver », « Regarde ta coupe on dirait un balai à chiotte », « Meurs, t'es pas belle... », « Tu mérites de te faire égorger… »
« Le premier message est arrivé sur mon compte à 23h03. Je me suis dit, ça doit être une erreur. Je n'ai pas senti qu’à ce moment précis j’étais en train de devenir le point de rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, la cupidité, d'un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l’autre ».
Quelque chose dans notre civilisation s’est brisé. Il ne s’agit plus d’un malaise ni d’un combat entre le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le bien et le mal, le réel et le numérique. Quelque chose de bien plus profond et d’enfoui a explosé à la faveur des réseaux sociaux : la haine, notre haine. On ne compte plus les messages violents, racistes, misogynes, homophobes, qui déferlent sur nos appareils. Et dans nos vies. À la légitime question, que faire ?, on pointe du doigt les objets, ce téléphone que l'on dit smart, ces réseaux que l'on dit sociaux. Mais si l'objet est en cause, est-il vraiment LA cause ? Regarder l'objet sans se regarder soi-même, c'est regarder le doigt sans regarder la lune. « La folie c'est de faire tout le temps la même chose et d'attendre un résultat différent », écrit Einstein. Sommes-nous prêts à vivre différemment ?
Recommandé par : Claire Chazal
Claire Chazal apparait dans les épisodes suivants :
Au bonheur des livres diffusé le 10/04/2026
Enquêtes familiales, en quête d'identité avec Christophe Boltanski et Vincent Jaury
Au bonheur des livres diffusé le 03/04/2026
Au bonheur de Jean Rouaud
Au bonheur des livres diffusé le 27/03/2026
De la difficulté d'être contemporain, avec Alain Finkielkraut et Tania de Montaigne
S'abonner à la newsletter
Inscrivez-vous pour recevoir les derniers livres ajoutés sur le site une fois par semaine




