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Livres recommandés par Claire Chazal

Claire Chazal a recommandé 18 livres dans 10 épisodes.

L'automne d'André Derain Michel Bernard

« Et par-dessus la nuée sanguinolente, il y a ce bleu profond, magnifique, un bleu inconnu du ciel des hommes. »

À l’automne 1941, des peintres et sculpteurs français qui, à l’invitation des services culturels de l’occupant allemand, prennent le train de nuit pour Munich, André Derain est le plus prestigieux. Inventeur du fauvisme avec Matisse et Vlaminck, précurseur du cubisme avec Picasso, gloire des Années folles, il est l’inlassable explorateur de la figure humaine et du paysage. Au printemps 1945, il est un réprouvé, un homme du passé. L’ancien combattant de 14-18 croyait avoir commis une erreur d’appréciation, elle se révèle une faute.
Michel Bernard écrit le roman d’un artiste généreux et tourmenté, happé par l’histoire, qui cherche son honneur perdu dans les décombres de sa vie, tout en continuant de croire et servir les pouvoirs de la peinture.

Recommandé par : Claire Chazal

Episode : Peindre, écrire, filmer : destins d'artistes, avec Olivier Assayas et Michel Bernard - Au bonheur des livres

Oublier la peinture Olivier Assayas

"Je ne peux pas dire que j'aie abandonné la peinture sans me retourner, je me suis retourné sans cesse, j'ai interrogé ma pratique du cinéma selon une perspective qui était celle des arts plastiques et, quoi que j'y fasse, c'est à travers la pratique de la peinture que j'ai construit ma propre pensée de l'art."

Recommandé par : Claire Chazal (et aussi par Lilia Hassaine)

Episode : Peindre, écrire, filmer : destins d'artistes, avec Olivier Assayas et Michel Bernard - Au bonheur des livres

La collision Paul Gasnier

En 2012, en plein centre-ville de Lyon, une femme décède brutalement, percutée par un jeune garçon en moto cross qui fait du rodéo urbain à 80km/h. Dix ans plus tard, son fils, qui n'a cessé d'être hanté par le drame, est devenu journaliste. Il observe la façon dont ce genre de catastrophe est utilisé quotidiennement pour fracturer la société et dresser une partie de l'opinion contre l'autre. Il décide de se replonger dans la complexité de cet accident, et de se lancer sur les traces du motard pour comprendre d'où il vient, quel a été son parcours et comment un tel événement a été rendu possible. En décortiquant ce drame familial, Paul Gasnier révèle deux destins qui s'écrivent en parallèle, dans la même ville, et qui s'ignorent jusqu'au jour où ils entrent violemment en collision. C'est aussi l'histoire de deux familles qui racontent chacune l'évolution du pays. Un récit en forme d'enquête littéraire qui explore la force de nos convictions quand le réel les met à mal, et les manquements collectifs qui créent l'irrémédiable.

Recommandé par : Claire Chazal (et aussi par Augustin Trapenard, Rebecca Manzoni, Arnaud Viviant)

Episode : Récits de souffrance et de résilience, avec Paul Gasnier et Romain Lemire - Au bonheur des livres

Clément Romain Lemire

"Papa m'a convoqué dans son bureau, il m'a dit que la situation était difficile pour tout le monde, qu'il nous aimait et qu'il pensait que je ne voulais pas qu'il se retrouve seul, éloigné des siens. Il m'a demandé ce que j'en pensais, je lui ai dit que je ne savais pas. C'est vrai, je ne sais pas. Les questions que je me pose concernent moins ce qui pourrait se passer demain que ce qui a déjà eu lieu." C'est l'histoire d'une enfance heureuse, celle de Clément.

C'est le portrait de sa famille, aimante et cultivée, entre un père professeur de lettres et une mère éditrice, où tout semble aller pour le mieux.
C'est la chronique vivante et colorée de ses amitiés, de ses amours, de ses désirs et de ses rêves.
C'est la France des années quatre-vingt.

Mais c'est aussi le récit d'un crime ordinaire et d'un silence assourdissant.

De cette déchirure naît un sentiment de solitude au milieu des autres, de doute, d'errance, qui modifie sa perception du monde et son rapport à la vie.

Porté par une écriture impressionnante de justesse et de franchise qui évolue au fil des âges du narrateur, Clément entraîne, surprend, bouleverse et, finalement, illumine. Car en dépit du drame, envers et contre tout, il affirme la possibilité de la joie.

Goncourt du premier roman 2026

Recommandé par : Claire Chazal

Episode : Récits de souffrance et de résilience, avec Paul Gasnier et Romain Lemire - Au bonheur des livres

Les aventures d'Aurel le consul - La Folie Sainte Hélène Jean-Christophe Rufin

À Sainte-Hélène, territoire britannique perdu dans l’Atlantique Sud, c’est la consternation. Le consul qui administre l’enclave française de Longwood, où est mort Napoléon, a disparu.

Comment peut-on se volatiliser sur une île reliée à l’Afrique du Sud par un avion chaque semaine et où tout le monde se connaît ? C’est ce qu’Aurel va être chargé de découvrir.

Il va vite comprendre que représenter la France à Sainte-Hélène n’est pas de tout repos. Car Napoléon rend fou. Son souvenir déchaîne encore des passions violentes. Le consul disparu ne manquait pas d’ennemis parmi les fondus de l’Empereur qui viennent visiter le lieu de son exil. Mais qui a pu lui en vouloir au point de l’éliminer ?

Sans l’aide d’une jeune Française venue dans cette contrée du bout du monde pour exorciser ses fantômes, Aurel aurait eu du mal à le découvrir.

Cette enquête hors norme va nous faire rencontrer des personnages extraordinaires. Cette fois, Aurel, pour notre plus grand plaisir, trouve plus original que lui…

Recommandé par : Claire Chazal (et aussi par Augustin Trapenard)

Episode : Au bonheur des polars, avec Bernard Minier et Jean-Christophe Rufin - Au bonheur des livres

Ruptures Bernard Minier

Lucia Guerrero face aux nouveaux maîtres du monde

Lundi 28 avril 2025. L'Espagne est paralysée par la plus grande panne électrique de son histoire. Directrice de la filiale espagnole de StarCo, Emma Bosch se précipite au chevet de son père, dont la vie dépend d'un respirateur artificiel. Elle n'arrivera jamais.

Aux États-Unis, les corps sans vie de plusieurs collaboratrices du célèbre milliardaire Milton Gail, le fantasque et génial fondateur de StarCo, sont retrouvés. Toutes étaient enceintes.

C'est le début de l'extraordinaire enquête que va mener Lucia Guerrero des deux côtés de l'Atlantique et dans les fabriques ultra-secrètes où s'inventent le présent et le futur de milliards d'individus. Jusqu'à un face-à-face inoubliable avec celui qui a fait main basse sur la terre et sur l'espace.

Une plongée glaçante dans la toute-puissance de l'Amérique de Donald Trump.

Recommandé par : Claire Chazal

Episode : Au bonheur des polars, avec Bernard Minier et Jean-Christophe Rufin - Au bonheur des livres

Maypops Didier Decoin

Ce roman s’inspire d’une histoire vraie.
Un soir de mars 1944 en Caroline du Sud, État ségrégationniste alors sous l’emprise du Ku Klux Klan, deux petites filles blanches prennent leur vélo pour aller cueillir des maypops, une variété de passiflore aux couleurs éclatantes. On retrouvera leurs corps sans vie dans un marécage d’eau croupie.
Georges Stinney Jr., un jeune Noir de quatorze ans, a eu le malheur d’être le dernier à leur adresser la parole. Le garçon est accusé, condamné sans preuves après un simulacre de procès et exécuté deux mois plus tard sur la chaise électrique. Soixante-dix ans après, le procès sera réouvert.
Didier Decoin, que les faits divers ont toujours inspiré, nous emmène à la suite de la juge Lucy Mc Gillish, chargée d’étudier la révision éventuelle du jugement, et de son greffier noir, Goliath, dans la ville d’Alcolu où l’odeur des marais prend à la gorge.
Qui a tué les deux innocentes fillettes ? Qui avait intérêt à juger en toute hâte l’enfant d’une famille pauvre ?
Voluptueuse et imagée, la langue du romancier nous transporte du paradis des maypops à l’enfer du petit George.

Recommandé par : Claire Chazal

Episode : L'Amérique des mythes et des faits divers, avec Didier Decoin et Éric Vuillard - Au bonheur des livres

Les orphelins : Une histoire de Billy the Kid Eric Vuillard

Soudain, le vide se fit en lui. Son petit corps se contracta tout entier, il trembla ; et, à cette minute, il sut qu’il serait toujours seul. Une terrible angoisse lui remonta par le bas du ventre. Il aperçut à contre-jour la gueule de Cahill, la mort lui parut proche, toute proche ! Sur sa joue, il sentit le soleil, son harmonie mortelle, sa beauté. Il eut envie de pleurer. Alors, les visages des soldats, des garçons vachers qui faisaient cercle autour de lui, s’évaporèrent dans le néant. Sa main se faufila jusqu’à l’arme, et il tira.

Recommandé par : Claire Chazal (et aussi par Rebecca Manzoni, Augustin Trapenard, L'esprit Critique)

Episode : L'Amérique des mythes et des faits divers, avec Didier Decoin et Éric Vuillard - Au bonheur des livres

Sicario bébé Fanny Taillandier

« Laisse-moi régler deux ou trois choses avant de débouler, petit être. Quelque part, c’était la marche entière du monde qu’il eût fallu que je règle. Mais on ne peut pas dire toute la vérité aux enfants. »

Dans la petite ville de V., Blaise et Djen, dix-sept ans et amoureux fous, attendent un bébé. Mais ni l’un ni l’autre n’a les ressources pour l’accueillir. Leur camarade Bobby a une idée : cinquante mille euros contre un assassinat commandité par un redoutable narcotrafiquant du secteur… Commence alors une folle cavalcade à travers le pays ¬ – de la cité en démolition au grand port maritime, du foyer de travailleurs à une ZAD cachée dans les bois, des bancs de l’école jusqu’à l’océan - une course contre la montre, un récit de passion et de sang.

Inspiré de plusieurs faits divers, Sicario bébé propose de regarder notre monde à travers les yeux grands ouverts de jeunes gens confrontés au mal, mais portés par une seule force : le désir de vivre.

Ode au romanesque, cette fresque de la France métropolitaine d’aujourd’hui – de ses paysages, de ses fractures et de ses luttes – est avant tout une histoire de jeunesse : celle qui fait les rêves, les erreurs et les révolutions.

Recommandé par : Claire Chazal (et aussi par Elisabeth Philippe)

Episode : Romans de la jeunesse perdue - Au bonheur des livres

Désertion François Bégaudeau

Comment Steve passe-t-il d'une petite ville côtière de France à Raqqa, au coeur de la boucherie syrienne ? On ne sait pas bien. Comme on ne sait pas, on raconte. On se lance dans une sorte d'enquête amicale trois décennies durant. Sur la frise de sa vie, on détermine un moment zéro. Les déconvenues scolaires. Les harcèlements divers. L'envie non consommée de plastiquer le collège. L'envie de faire le bien. Et à chacun de ces moments, il y a Mickaël, le petit frère. Ce qui concerne Mickaël concerne Steve, son presque jumeau, et tout est dans le presque.

Recommandé par : Claire Chazal (et aussi par Rebecca Manzoni, Augustin Trapenard)

Episode : Romans de la jeunesse perdue - Au bonheur des livres

Très brève théorie de l'enfer Jérôme Ferrari

Après avoir quitté son île natale pour enseigner à Alger, un homme, mû par le désir d’un ailleurs où échapper à lui-même, prend un poste au lycée français d’Abu Dhabi et s’y installe avec femme et enfant. Bientôt, leur trajectoire effleure celle de leur employée, Kaveesha, partie du Sri Lanka trente ans plus tôt et voguant depuis de famille en famille pour subsister. 
Expatrié, immigré – deux manières d’être étranger, deux mots pour dire deux mondes, séparés par un mur invisible que l’empathie ne saurait abattre. 
Dans une langue acérée, ténébreuse, Jérôme Ferrari poursuit l’examen lucide de notre rapport à l’autre et livre un nouvel opus déchirant des “Contes de l’indigène et du voyageur”.

Recommandé par : Claire Chazal (et aussi par Rebecca Manzoni, Lilia Hassaine, L'esprit Critique)

Episode : Des romans sur les fractures du monde, avec Lionel Duroy et Jérôme Ferrari - Au bonheur des livres

Une journée dans la vie de Maria Ivanova Lionel Duroy

"Si vous avez tous voté pour lui, c'est bien pour qu'on revienne au temps de l'URSS, non ? Les opposants en prison, les écrivains en prison, les journalistes en prison, les homosexuels en prison..." Dimanche d'élection présidentielle en Moldavie : Maia Sandu pour le rattachement à l'Union européenne, contre Alexandr Stoianoglo, soutenu par Moscou. Maria Ivanova, directrice d'un mensuel culturel à Chisinau, retourne dans son village natal pour voter, accompagnée de sa fille de six ans qu'elle élève seule. La confrontation avec les parents, les oncles et tantes, tous agriculteurs, tous nostalgiques de la Russie communiste, est amère, puis de plus en plus menaçante. Par son vote, la famille sait qu'elle condamne la jeune femme à l'exil ou à la prison. Par son vote, la jeune femme condamne les siens à la misère - c'est du moins ce qu'ils croient. Chacun se bat pour son avenir. Les résultats tomberont au milieu de la nuit.

Recommandé par : Claire Chazal

Episode : Des romans sur les fractures du monde, avec Lionel Duroy et Jérôme Ferrari - Au bonheur des livres

Pendant qu'il neige Gérard Lefort

Camille vit avec sa famille dans un bourg de l’est de la France. Il s’interroge : est-ce que tous les petits garçons de son âge ont un ami imaginaire ? Le sien s’appelle Victor et lui parle sans arrêt. Camille s’intéresse énormément aux animaux. Canards, sangliers, chevreuils, loutres, renards, éperviers, et même une chouette, tous se glissent dans ses pensées. À l’école, le prof de gym traite Camille de gonzesse. Mademoiselle Étienne, elle, prétend qu’il est surdoué. Mais au fond, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Depuis qu’il a découvert Arthur Rimbaud, Camille sait qu’il voit le monde comme il est vraiment : un opéra fabuleux, cruel et d’une beauté insoutenable. Camille change. Peut-être faut-il s’en inquiéter ? Désormais, tout peut arriver. Y compris le pire. Avec ce roman sombre et lumineux, Gérard Lefort réaffirme à sa manière la solidarité des poètes et des criminels. Après des études de philosophie, Gérard Lefort a été pendant plus de trente ans une des plumes du quotidien Libération. Il y exerce plusieurs fonctions, notamment celles de chef du service Cinéma puis de rédacteur en chef chargé de la Culture, avant de rejoindre Les Inrockuptibles. Il est l’auteur de deux romans, Les Amygdales et Le Commun des mortels (L’Olivier).

Recommandé par : Claire Chazal

Episode : Histoires d’enfance et d’amitié, avec Gérard Lefort et Sophie Avon - Au bonheur des livres

Les filles Sophie Avon

"Camille et Nina ne se ressemblent pas mais elles sont identiques au-dedans - à la recherche d'un air plus vif, loin de la couveuse de l'enfance. Elles rêvent des mêmes choses, se projettent dans un même idéal débarrassé des conformismes de leurs parents, ressentent les mêmes émotions sans limite." 1970, Bordeaux. Nina et Camille, 10 et 11 ans, entrent en sixième. Un monde inconnu et immense s'ouvre à elles... Inséparables, liées à la vie à la mort par une amitié exclusive et intransigeante, elles ont une seule préoccupation : grandir, sortir de l'enfance. Au fil de leur scolarité jusqu'à la terminale, les petites filles deviennent des jeunes filles. Leurs centres d'intérêt, leurs corps et leurs désirs se transforment. L'amitié résistera-t-elle au temps qui passe ? Seront-elles à la hauteur de l'existence qu'elles espèrent ? Avec son style enlevé et sensible, Sophie Avon se tient au plus près de ses jeunes personnages. Elle est l'autrice de nombreux romans, notamment Le vent se lève, Une femme remarquable et Le goût du bonheur.

Recommandé par : Claire Chazal

Episode : Histoires d’enfance et d’amitié, avec Gérard Lefort et Sophie Avon - Au bonheur des livres

Archive de Berthe Bendler Vincent Jaury

« J’aurais préféré que ce soit toi qui partes et non ton frère » : voilà les mots d’Eisik Bendler à sa fille Berthe, en 1945, lorsqu’il apprend que son fils aîné déporté dans les pays baltes a été tué par les Allemands un an plus tôt.
Issue d’une famille de Juifs polonais établie en France dans les années 1930, Berthe Bendler, grand-mère paternelle de Vincent Jaury, a dû subir ce poids de la mort évitée malgré elle. De son adolescence en province à sa vieillesse à Paris, en passant par Nice durant la guerre, voici le portrait bouleversant d’une jeune femme à la jeunesse anéantie par la tragédie devenue une grand-mère viscéralement attachée à son petit-fils. 
Sans pathos, Vincent Jaury évoque les traumatismes de la Shoah et les ineffaçables traces qui affectent jusqu’aux descendants de ceux qui l’ont subie. Tiraillée entre l’expression de son héritage juif et l’intégration dans la société française, Berthe fait d’abord le choix de l’oubli au profit de l’assimilation, avant de renouer avec son passé douloureux.
Grâce à ses souvenirs, aux récits de sa grand-mère et à des archives administratives et judiciaires inédites, Vincent Jaury construit un récit personnel et émouvant qui s’inscrit dans l’histoire générale. Comme on disait dans la poésie classique, ce livre est un tombeau, à la fois hommage, résurrection et enterrement : « Un cercueil, où l’on enferme pensées, émotions et souvenirs, pour toujours. » Berthe Bendler, vivante.

Recommandé par : Claire Chazal

Episode : Enquêtes familiales, en quête d'identité avec Christophe Boltanski et Vincent Jaury - Au bonheur des livres

La maison imaginaire Jean Rouaud

La maison imaginaire, celle dont nous avons hérité, procède d'un Livre : la Bible, présente à chaque instant de nos vies, avec la part visible de son héritage - l'exubérance des cathédrales, les innombrables marques qu'elle a laissées dans notre langage et dans nos modes de pensée, les milliards de représentations que les artistes en ont tirées. De son éducation religieuse, Jean Rouaud a appris à lire les images : ce Christ glorieux qui au fil des siècles se fait de plus en plus souffrant, de plus en plus humain, rendant de moins en moins crédible sa sortie de la mort. Mais il faut compter aussi avec la part invisible, à savoir la dette contractée envers le judaïsme qui a fait de nous ce que nous sommes. L'impossibilité de rembourser cette dette, nous dit l'auteur, a nourri de siècle en siècle, de bûchers en pogroms et jusqu'à sa mise en oeuvre par les nazis, une volonté d'extinction du monde juif. La méditation philosophique et religieuse s'entrelace avec le récit autobiographique. Il s'agit pour l'auteur de retrouver les sources de son imaginaire, qu'il localise clairement dans les textes sacrés de la chrétienté, où puise la culture juive, mais aussi au-delà dans les profondeurs du temps qu'on nomme injustement la préhistoire. L'écriture de Jean Rouaud, fluide et pénétrante, joue avec divers niveaux de langue, mélangeant la complexité érudite et un ton parfois amusé, reliant des informations éparses, cherchant à donner peu à peu une cohérence aux matériaux accumulés au cours d'une vie, pour édifier, pierre à pierre, son palais poétique.

Recommandé par : Claire Chazal

Episode : Au bonheur de Jean Rouaud - Au bonheur des livres

Le coeur lourd Alain Finkielkraut

Une enfance de l'après-guerre, dans une famille de survivants qui croyaient en l'école. Un goût pour la littérature comme moyen d'accès privilégié à tout le reste, à l'art, aux paysages, à la France, aux animaux. Une identité juive inquiète, faite de fidélité aux parents et aux morts, mais dans laquelle le ciel est vide. Que reste-t-il de tout cela quand en France désormais la littérature s'efface, et quand la situation en Israël est un tourment quotidien ? Comment tenir, coûte que coûte, la ligne de crête ? "Pour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l'innocence. C'est cela le coeur lourd." Au fil d'une conversation avec Vincent Trémolet de Villers, Alain Finkielkraut offre ce qui est peut-être son livre le plus personnel.

David Djaïz : J’ai ouvert ce livre d’entretiens d’Alain Finkielkraut avec une certaine réserve, m’attendant à retrouver une forme de déploration familière, et j’ai été surpris par tout autre chose : une réflexion beaucoup plus subtile, organisée autour de ce que Finkielkraut appelle le « cœur lourd », c’est-à-dire l’expérience d’une époque où l’on affronte la haine sans pouvoir se prévaloir d’une innocence. Le livre est structuré par trois fidélités devenues problématiques : à une France qu’il ne reconnaît plus, à une gauche dont il s’est éloigné — au point de dire que c’est précisément parce qu’il en est qu’il n’y est plus — et à un Israël dont il refuse à la fois les caricatures antisionistes et les aveuglements face à certaines dérives contemporaines. Ce jeu de tensions, ces fidélités contrariées, composent au fond une méditation sur la mélancolie et sur l’art de tenir ensemble des positions apparemment inconciliables, et c’est cette complexité qui m’a, contre toute attente, profondément retenu.

Recommandé par : Claire Chazal (et aussi par David Djaïz, Augustin Trapenard)

Episode : De la difficulté d'être contemporain, avec Alain Finkielkraut et Tania de Montaigne - Au bonheur des livres

Un violent désir de chaleur humaine Tania de Montaigne

« Dégénérée », « Vas faire à bouffer connasse ! », « Vas t'occuper de ton gosse ! » , « T'es pas prête à ce qui va t'arriver », « Regarde ta coupe on dirait un balai à chiotte », « Meurs, t'es pas belle... », « Tu mérites de te faire égorger… » 
« Le premier message est arrivé sur mon compte à 23h03. Je me suis dit, ça doit être une erreur. Je n'ai pas senti qu’à ce moment précis j’étais en train de devenir le point de rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, la cupidité, d'un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l’autre ».
Quelque chose dans notre civilisation s’est brisé. Il ne s’agit plus d’un malaise ni d’un combat entre le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le bien et le mal, le réel et le numérique. Quelque chose de bien plus profond et d’enfoui a explosé à la faveur des réseaux sociaux : la haine, notre haine. On ne compte plus les messages violents, racistes, misogynes, homophobes, qui déferlent sur nos appareils. Et dans nos vies. À la légitime question, que faire ?, on pointe du doigt les objets, ce téléphone que l'on dit smart, ces réseaux que l'on dit sociaux. Mais si l'objet est en cause, est-il vraiment LA cause ? Regarder l'objet sans se regarder soi-même, c'est regarder le doigt sans regarder la lune. « La folie c'est de faire tout le temps la même chose et d'attendre un résultat différent », écrit Einstein. Sommes-nous prêts à vivre différemment ?

Recommandé par : Claire Chazal

Episode : De la difficulté d'être contemporain, avec Alain Finkielkraut et Tania de Montaigne - Au bonheur des livres

Claire Chazal apparait dans les épisodes suivants :

Au bonheur des livres diffusé le 19/06/2026

Peindre, écrire, filmer : destins d'artistes, avec Olivier Assayas et Michel Bernard

Au bonheur des livres diffusé le 12/06/2026

Récits de souffrance et de résilience, avec Paul Gasnier et Romain Lemire

Au bonheur des livres diffusé le 05/06/2026

Au bonheur des polars, avec Bernard Minier et Jean-Christophe Rufin

Au bonheur des livres diffusé le 22/05/2026

L'Amérique des mythes et des faits divers, avec Didier Decoin et Éric Vuillard

Au bonheur des livres diffusé le 15/05/2026

Romans de la jeunesse perdue

Au bonheur des livres diffusé le 08/05/2026

Des romans sur les fractures du monde, avec Lionel Duroy et Jérôme Ferrari

Au bonheur des livres diffusé le 17/04/2026

Histoires d’enfance et d’amitié, avec Gérard Lefort et Sophie Avon

Au bonheur des livres diffusé le 10/04/2026

Enquêtes familiales, en quête d'identité avec Christophe Boltanski et Vincent Jaury

Au bonheur des livres diffusé le 03/04/2026

Au bonheur de Jean Rouaud

Au bonheur des livres diffusé le 27/03/2026

De la difficulté d'être contemporain, avec Alain Finkielkraut et Tania de Montaigne

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