Livres recommandés par Nicolas Maury
La prisonnière Marcel Proust
Albertine a renoncé à faire une croisière et lorsque, à la fin de l’été, elle rentre de Balbec avec le narrateur, elle s’installe chez lui, à Paris: il ne se sent plus amoureux d’elle, elle n’a plus rien à lui apprendre, elle lui semble chaque jour moins jolie, mais la possibilité d’un mariage reste ouverte, et en lui rendant la vie agréable, peut-être songe-t-il à éveiller en elle le désir de l’épouser. Il se préoccupe en tout cas de son emploi du temps, l’interroge sur ses sorties sans pouvoir bien percer si sa réponse est un mensonge, et le désir que visiblement elle suscite chez les autres fait poindre la souffrance en lui.
Paru en 1923, La Prisonnière est le premier des trois volumes publiés après la mort de Proust et, quoique solidaire, bien sûr, de Sodome et Gomorrhe qui le précède comme d’Albertine disparue qui le suit, une certaine unité lui est propre, entre l’enfermement initial du narrateur et le départ final de la jeune fille. Pour l’essentiel, trois journées simplement se déroulent ici –le plus souvent dans l’espace clos de l’appartement –, et ce sont comme les trois actes d’un théâtre où la jalousie occupe toute la place.
Nicolas Maury : La priosnnière parle du péché qu'est la jalousie, qui pour moi n'en est pas un. C'est un sentiment qui m'a beaucoup envahi. Quand vous lisez Proust, il vous donne du grain à moudre par rapport aux gens qui disent que c'est forcément lié à une forme de maladie. Je pense que la jalousie est plutôt une attention accrue aux signes et un témoignage de notre malheur personnel.
Recommandé par : Nicolas Maury
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Le Ravissement de Lol V. Stein Marguerite Duras
L'histoire de Lol Valérie Stein commence au moment précis où les dernières venues franchissent la porte de la salle de bal du Casino municipal de T. Beach. Elle se poursuit jusqu'à l'aurore qui trouve Lol V. Stein profondément changée. Une fois le bal terminé, la nuit finie, cette histoire s'éteint, sommeille, semblerait-il durant dix ans. Lol V. Stein se marie, quitte sa ville natale, S. Tahla, a des enfants, paraît confiante dans le déroulement de sa vie et se montre heureuse, gaie. Après la période de dix ans la séparant maintenant de la nuit du bal, Lol V. Stein revient habiter à S. Tahla. Elle y retrouve une amie d'enfance qu'elle avait oubliée, Tatiana Karl, celle qui tout au long de la nuit du bal de T. Beach était restée auprès d'elle, ce qu'elle avait également oublié. L'histoire de Lol V. Stein reprend alors pour durer quelques semaines.
Nicolas Maury : Ce livre est inracontable. Il se dérobe en permanence. Chez Duras il n'y a pas de décision entre la forme et le fond, ce qui est fort c'est le style. Elle parle aussi très bien de cette maison presque vide à l'intérieur d'un acteur ou d'une actrice qui est là pour accueillir les personnages qu'il ou elle interprète. Cet endroit est dépeuplé, vacant, en attente. Ces romans sont vraiment des œuvres d'art.
Recommandé par : Nicolas Maury
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Les petites vertus Natalia Ginzburg
Publié en 1962, Le piccole virtù est un livre charnière dans l’oeuvre de Natalia Ginzburg. Connue pour ses romans, dans ce premier livre d’essais, Natalia Ginzburg – dont l’écriture est essentiellement attachée aux faits, aux gestes, aux voix et aux cadences – reste fidèle à elle-même : la recherche de l’essentiel est toujours concrète, toujours incarnée, les expériences morales prennent un sens physique – elle reste dans la narration qu’il s'agisse d’énoncer une pensée générale ou un jugement sur l’existence. Les petites vertus, ces onze textes (dont l'année et le lieu d'écriture sont si importants) entre autobiographie et essai, donnent à voir et à entendre, voix, figures, et paysages du siècle passé, à sentir et à penser une manière de vivre et un être au monde qui font partie de notre histoire. Parmi les chapitres de cet ouvrage, il faut remarquer tout particulièrement «Portrait d’un ami» (Rome, 1957), qui est la plus belle chose qui ait été écrite sur Cesare Pavese. Et aussi, les pages écrites immédiatement après la guerre, qui expriment avec une force brûlante le sens de l'expérience d’années terribles (en gardant, comme dans «Les souliers éculées» (Rome, 1945), un sens presque miraculeux du comique). Les souvenirs de l’exil, dans «Un hiver dans les Abruzzes» (Rome, 1944), côtoient les réflexions sur «Mon métier» (Turin, 1949). Enfin, dans «Silence» (Turin, 1951) et «Les petites vertus» (Londres, 1960), on trouve une Natalia Ginzburg moraliste dont la participation aiguë aux maux du siècle (passé) semble prendre naissance dans une sorte de empathie intime.
Nicolas Maury : Ce texte je ne lis pas, je l'interprète. Je cherche à rendre immédiat le silence dont parle Nathalia Ginzburg. Je pense que tout le monde devrait faire des stages de lecture à haute voix. Cette pratique dresse, elle consiste à se mettre debout avec quelque chose à dire de plus grand que soi, qui n'est pas soi.
Raphaël : Nathalia Ginzburg parle ici de ce que laisse comme traces dans le présent, l'expérience d'avoir dû un jour partir de chez soi à cause de la guerre. Je pense que nous pouvons retrouver ça chez tout le monde. La chose paisible du monde et de la maison est si fragile.
Recommandé par : Nicolas Maury (et aussi par Raphaël)
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Les Vagues Virginia Woolf
Publié en 1931, Les Vagues se compose d'une succession de monologues intérieurs entrecroisés de brèves descriptions de la nature. Chaque personnage donne sa voix et se retire dans un mouvement rythmé qui évoque le flux et le reflux des marées. « J'espère avoir retenu ainsi le chant de la mer et des oiseaux, l'aube et le jardin, subconsciemment présents, accomplissant leur tâche souterraine... Ce pourraient être des îlots de lumière, des îles dans le courant que j'essaie de représenter ; la vie elle-même qui s'écoule. »
Nicolas Maury : J'ai découvert Les Vagues lorsque j'avais vingt ans puis je l'ai vu mis en scène par Guillaume Vincent deux ans plus tard au Théâtre national de Strasbourg. Il y a tellement de choses chez Woolf qui sont importantes pour moi. J'ai commencé avec « Mrs. Dalloway » et ce qui a été marquant pour moi dans ce texte c'est cet endroit de la disparition, de quitter la planète tout en passant sa vie à ouvrir sa chambre un peu plus grand pour que les autres y rentrent.
Raphaël Meltz : Toute personne qui n'a pas lu Les vagues doit immédiatement arrêter ce podcast et se précipiter, soit dans une bibliothèque soit dans une librairie pour prendre le livre et le lire.
Blandine Rinkel : J'ai l'impression de parler sans cesse de ce livre, mais je sais pourquoi j'en parle sans cesse, parce que c'est un livre qui a été vraiment révélateur, en fait, dans mon adolescence. Je pense que j'ai dû le lire la première fois à 16 ans, et je ne l'ai pas lu en sachant que Virginia Woolf était une grande écrivaine anglaise.
Recommandé par : Nicolas Maury (et aussi par Raphaël Meltz, Blandine Rinkel)
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Côte ouest Paula Fox
"Annie Gianfala, dix-sept ans, abandonnée par son père, est seule et fauchée. Elle avance vers l'Ouest, comme l'Amérique le fit un jour, mais son voyage se déroule dans les années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale. Elle dérive, portée par les courants de la Dépression, l'enthousiasme des communistes pour le Parti et l'URSS, puis le dégoût que beaucoup ressentent ensuite. Parmi ceux qu'elle rencontre, et qui font son éducation, sur le plan intellectuel aussi bien que physique, il y a des idiots, des paumés, des intellectuels blasés, des amants en tout genre, aussi bien que des cadres du Parti, des Noirs, des homosexuels, et toutes sortes d'écrivains ratés ou en train de le devenir. Annie est à la fois une enfant perdue et une femme douée de pouvoir. Ce roman, qui explore si magnifiquement les sens, les transcende en même temps." Frederick Busch.
Nicolas Maury : Côte-Ouest est le texte le plus connu de Paula Fox mais il est celui que j'ai lu en dernier. L'histoire est celle d'une fille qui est déterritorialisée et qui n'a pas trop sa place là où elle est, à Los Angeles.
Recommandé par : Nicolas Maury
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Mille millilitres de Ganymède Philippe Savet
Un jeune homme disparaît à la sortie d’un club. Il ne laisse derrière lui qu’une lettre et, dans sa chambre, des carnets, des poèmes, des flacons : autant d’indices sur sa disparition.
À travers le témoignage de ses proches et ses écrits personnels, le roman esquisse le portrait d’un garçon blessé par un amour vénéneux et interroge l’image de soi qu’on fabrique quand tout vacille à l’intérieur.
De Paris à Rome et à New York se déploie l’exploration sensuelle et sexuelle d’un être dispersé, déchiré entre un romantisme sombre et une tendre cruauté.
Un premier roman virtuose sur un héros dont l’échappée devient mythologique.
Nicolas Maury : Je voulais aussi vous parler d'auteurs vivants. Philippe Savet est un auteur que je ne connais pas mais qui m'a adressé son roman et ça m'a beaucoup touchée. On ne peut pas me faire plus plaisir que de m'offrir un livre. Il y avait à l'intérieur une dédicace qui parlait de Sarah Kane qui est une autrice que j'aime beaucoup. J'ai senti dans son texte que Philippe Savet était un grand assoiffé d'amour et qu'il n'avait pas peur de l'exprimer.
Recommandé par : Nicolas Maury
Episode : Dans la bibliothèque de Nicolas Maury - Le Book Club
Nicolas Maury apparait dans les épisodes suivants :
Le Book Club diffusé le 26/12/2025
Dans la bibliothèque de Nicolas Maury
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