Livres recommandés par Pierre de Villiers
Le rôle social de l'officier Hubert Lyautey
"Aux officiers de demain, dites que, s'ils ont placé leur idéal dans une carrière de guerres et d'aventures, ce n'est pas chez nous qu'il faut poursuivre ; ils ne l'y trouveront plus : arrachez-leur cette illusion avant les déceptions tardives. Mais donnez-leur cette conception féconde du rôle moderne de l'officier devenu l'éducateur de la nation entière. " Ainsi s'exprime Lyautey dans le célèbre article paru en 1891 dans la Revue des Deux Mondes. Aussitôt connues, ces pages obtiennent un écho considérable. Les principes d'action présentés sont toujours d'actualité. L'essai de Lyautey se situe dans le registre psychologique et moral de la préparation du soldat et futur combattant, en s'attachant à la dimension pédagogique de l'instruction, au rôle des cadres en vue d'augmenter la valeur de la troupe. Le principe général étant de dégager la finalité pour tous afin d'améliorer le rendement par l'adhésion raisonnée des cadres et des recrues. L'armée peut assurer pour la nation, dépassant même lors du temps de paix, la seule mission de préparation à la guerre, un rôle plus général et plus humain, celui d'une école de formation pour le pays tout entier.
Pour Lyautey, c'est la finalité qui doit subordonner les moyens aux buts. Il faut élever les âmes, former les caractères, éduquer les hommes, être plus un manieur d'hommes qu'un meneur d'hommes, tendre la main aux hommes et capter, susciter leur confiance. Dans tous les domaines il faut avoir des méthodes rationnelles et souples, garder le sens de l'action et être animé par le sens du devoir social.
Dans son introduction, Alain Larcan revient sur les circonstances de la publication de ce texte, sur le contexte politique et sur le retentissement important qu'il provoqua en son temps.
Pierre de Villiers : Le livre de chevet à moi, il n'est pas d'aujourd'hui, c'est Le rôle social de l'officier de Lyautey. Il est très intéressant à relire aujourd'hui, écrit au 19e siècle. C'est un texte très court, un peu comme Soljenitsyne, Le discours d'Harvard que nous avons évoqué. Mais il est très actuel dans ce que nous vivons aujourd'hui, dans nos fractures sociales et dans ce que l'armée peut apporter comme signe d'espérance dans cette période.
Recommandé par : Pierre de Villiers
Le Déclin du courage Alexandre Issaïevitch Soljénitsyne
Le 8 juin 1978 Alexandre Soljénitsyne disait aux étudiants de l'université de Harvard : « Non, je ne peux pas recommander votre société comme idéal pour transformation de la nôtre. (…) Nous avions placé trop d’espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu’on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure. À l’Est, c’est la foire du Parti qui la foule aux pieds, à l’Ouest la foire du Commerce : ce qui est effrayant, ce n’est même pas le fait du monde éclaté, c’est que les principaux morceaux en soient atteints d’une maladie analogue. »
François-Xavier Bellamy : C'était la meilleure tentative de prospective sur le déclin de l'Occident, c'est Le déclin du courage, le discours de Soljénitsyne à Harvard, c'est un tout petit livre, c'est une conférence. Soljénitsyne va à Harvard après avoir réussi à passer à l'Ouest, et tout le monde s'attend à ce qu'il fasse le grand éloge du modèle démocratique et libéral, et Soljénitsyne regarde ses interlocuteurs et il leur dit "je viens du monde soviétique dont j'ai dénoncé l'effondrement moral, mais en fait vous êtes tout aussi menacé à cause du déclin du courage." Et je pense que ce qu'on vit aujourd'hui c'est d'abord ça, c'est la distance stupéfiante entre ce que les dirigeants savent qu'il faudrait faire et ce qu'ils font à la fin.
Arthur Benzaquen : Ce qu'il y a de beau, c'est qu'on est à l'apothéose du rêve américain, comme d'une solution définitive au maux du monde à cette époque-là. Et lui, Soljénitsyne, qui est accueilli par les États-Unis, antis-russes, antis-communiste, tout ça. Tout le monde s'attend à son discours de Harvard, une espèce de plaidoyer occidental. C'est extraordinaire ce qu'il dit. C'est surtout de se dire qu'on en 2024, qu’il a dit ce discours, je pense que c'est en 1979 ou autre. Et en fait, il nous fait part de l'âme russe, comme d'une vérité. Et surtout, il dit, la fin de l'Occident, c'est-à-dire ce à quoi on assiste en live, on va pas se mentir, on assiste en live à la fin d'une civilisation, à minima de la démocratie, comme celle qu'on est en train de la vivre. En fait, grosso modo, le droit a remplacé la justice. Vous avez aboli la morale en enlevant la religion ou la nation. Il n'y a plus de surmoi. Et donc, à la fin, il n'y a plus de devoirs, il n'y a plus que des droits. Vous allez chacun aller chercher au fur et à mesure vos droits, sans avoir plus aucune notion de devoir. Parce que pour qui ? La nation, c'est vulgaire. Il n'y a plus de Dieu. Il n'y a plus de tout ça. La morale, c'est la justice qui me donnera raison. Donc si j'ai des bons avocats, à la fin, … Et ça, ce sera la fin de l'Occident. Et en fait, on y assiste en plein.
Recommandé par : Pierre de Villiers (et aussi par François-Xavier Bellamy, Arthur Benzaquen)
Pierre de Villiers apparait dans les épisodes suivants :
Génération Do It Yourself (GDIY) diffusé le 11/01/2026
#515 - Pierre de Villiers - Ancien Chef d’État-major des Armées : “Nous ne sommes pas prêts pour la guerre”
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