Livres recommandés par Ken Bugul
Mémoire d'une peau Williams Sassine
Un lundi comme un autre, un albinos - qui sera sans enfance - naît à la porte des adultes, d’une mère discontinue et d’un père volage, dans un continent improbable. Un être qui porte donc sa fragilité dans l’incertitude même de sa peau et pour qui commence une quête hybride de soi, de l’amour, sur fond d’errance existentielle, d’exil intérieur et de solitude. Milos Kan, le héros-narrateur, aime les femmes, l’alcool, les plaisirs ambigus ; il tente aussi d’écrire, de commencer un roman, achevé avant d’être écrit et qui traduirait son besoin de vivre et sa difficulté d’être. Une quête de sens pour une existence suspendue entre l’oppression du désert et l’appel de la source. Mais comment se perdre pour se retrouver quand on naît albinos, écartelé entre la vie engluée dans le relatif et une soif inextinguible d’absolu ? Sinon par l’acceptation quelque peu désabusée que la générosité et le désespoir sont les formes les plus hautes de toute lucidité intransigeante. Une lucidité hantée par la folie ; celle qu’on aimerait bien avoir l’intelligence de vivre.
Ken Bugul : Sa mère était guinéenne et son père libano-syrien. À l'époque, il était très dur d'être accepté quand on était métisse. Il a été très marqué par ce rejet. Alors, ce livre est presque une autobiographie, bien qu'il ne dise pas je, et que le personnage principal soit albinos. C'est vraiment un livre sur le rejet, sur la marginalisation, sur la périphérisation des gens, des idées, du monde. Je pense que c'est un livre politique, qui est toujours d'actualité, parce qu'on est tous, même moi, souvent rejetés.
Recommandé par : Ken Bugul
Le Livre du thé Kakuzô Okakura
Depuis un siècle, Le Livre du thé, qui offre une introduction des plus subtiles à la vie et à la pensée asiatiques, s'adresse à toutes les générations. Et ce grand classique, qui a permis naguère de jeter un pont entre l'Orient et l'Occident, n'a rien perdu de sa force et peut encore éclairer notre modernité. Le trait de génie d'Okakura fut de choisir le thé comme symbole de la vie et de la culture en Asie : le thé comme art de vivre, art de penser, art d'être au monde. Il nous parle d'harmonie, de respect, de pureté, de sérénité. Au fond, l'idéal du thé est l'aboutissement même de cette conception zen : la grandeur réside dans les plus menus faits de la vie. Qui cherche la perfection doit découvrir dans sa propre vie le reflet de sa lumière intérieure. Aussi la voie du thé est-elle bien plus qu'une cérémonie : une façon de vivre en creusant aux racines de l'être pour revenir à l'essentiel et découvrir la beauté au cœur de la vie.
Ken Bugul : Nous avons besoin de la chambre de thé, pour la simplicité et la méfiance de la répétition. Ce livre nous dit de nous débarrasser des choses superflues et ne garder que l'essentiel. Il faut suggérer et non offrir et laisser à l'être humain la possibilité, par son imagination, de contribuer à reconstruire le monde.
Recommandé par : Ken Bugul
Ultravocal Frankétienne
Ultravocal, le premier roman de Franketienne écrit en 1972, décrit le vertige de l'errance sans fin ni finalité, le pays habité par "le mal majeur" forçant ses enfants à l'exode massif sans espoir ni désir de retour. Mais Ultravocal est d'abord l'aventure du langage, un travail inouï sur la langue française, qui fait de ce livre, un monument de littérature d'expression française. Un roman qui marque l'invention de ce qui deviendra plus tard le mouvement "spiraliste" .Pour donner corps à ce texte, Franketienne a taillé un moule unique, une spirale, ni roman, ni poème, ni pièce de théâtre mais tout cela à la fois, imbriqué, rejetant toute forme de linéarité, offrant au lecteur la possibilité de créer son propre texte en le lisant à son gré. Il offre au lecteur l'image structurante d'une quête, d'un voyage, d'une poursuite et d'un rapprochement : celles de trois voix superposées, trois personnages et des forces qu'ils incarnent.
Ken Bugul : Frankétienne est un poète haïtien, et Haïti, avant, pendant sa lutte pour l'indépendance et après, se trouve toujours dans le chaos. Mais, les Haïtiens sont un peuple de créateurs, car c'est un peuple qui est toujours en survie, il s'agit de s'en sortir d'une manière ou d'une autre, même par le chaos. Frankétienne est un fruit du chaos qui est né et qui a grandi dans le chaos, qui y a été heureux et malheureux. Il y a survécu à travers la création, la vraie, celle qui apporte de la lumière, de la beauté, de l'amour et cela ça ne peut naître que dans la douleur.
Recommandé par : Ken Bugul
Lettera amorosa René Char
La présente édition de Lettera amorosa réunit deux versions illustrées du poème de René Char, publiées à dix ans d'intervalle. L'une et l'autre sont enluminées par les peintres, en 1952 par Jean Arp puis en 1963 par Georges Braque. [...] Traces du dialogue que le Poète a entretenu toute sa vie avec les peintres, ses "alliés substantiels", ces livres et manuscrits rares sont pour la plupart la propriété privée de bibliophiles ou sous clef dans la réserve d'une bibliothèque. Les voici enfin mis en lumière dans une collection de poche et offerts au regard du grand public. Leur beauté témoigne de la fraternité spirituelle qui unit l'art et la poésie.
Ken Bugul : Ce texte et sa poésie nous entraînent vers l'engagement, nous demandent de nous lever, d'avoir des intentions, et surtout ils nous demandent d'être capables d'aimer, non pas l'eau que nous buvons ou la femme en face de nous, mais l'absence : c'est cela le véritable amour.
Recommandé par : Ken Bugul
Le silence des horizons Beyrouk
C'est l'histoire d'une course éperdue contre des passions impossibles. Un jeune homme tourmenté s'enfuit et rejoint un ami parti accompagner quelques touristes dans le Sahara. Parcourant l'immensité brûlante et les anciennes cités des sables, le héros tente de se délester des images qui le poursuivent : un premier amour déçu, le rictus affreux d'une femme qui l'a trop aimé, un père honni par la société – mais était-il vraiment coupable ? Seule la tendre attention des enfants, lorsque le soir venu il s'improvise conteur, console son errance.
Tour à tour enquête policière, émouvante introspection, conte contemporain, ce roman nous emporte aux confins du désert, dans un décor majestueux. Portée par l'écriture singulière et poétique de Beyrouk, grand écrivain mauritanien, c'est aussi une ode à la beauté de la nature et à l'écoute des autres.
Ken Bugul : Et c'est un auteur mauritanien, un grand écrivain, journaliste de formation, un homme du désert, puisqu'il est né à ses portes et il place la plupart de ses œuvres dans le désert, qu'il soit géographique, physique, mental, politique ou existentiel. Dans le désert, les pensées sont absorbées par l'immensité et l'infini. À chaque fois que tu t'approches pour comprendre quelque chose, l'horizon s'éloigne encore et encore. Je pense que, l'important dans la vie, n'est d'arriver à une fin, mais c'est d'être dans cette dynamique de quête de soi et il n'y a rien de plus fantastique que de le faire dans le désert.
Recommandé par : Ken Bugul
Ken Bugul apparait dans les épisodes suivants :
Le Book Club diffusé le 15/05/2026
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