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Livres recommandés par Bénédicte Savoy

Graffitis : Inscrire son nom à Rome (XVIe-XIXe siècle) Charlotte Guichard

Vues de près, les peintures antiques de la villa Adriana à Tivoli, les fresques de Raphaël au palais du Vatican, mais aussi celles de la galerie des Carrache dans le palais Farnèse, et tant d’autres, offrent un spectacle étonnant. Ce sont des œuvres striées de noms, de dates et même d’esquisses, très différentes des images lisses, intactes et éclatantes auxquelles les livres d’art nous ont habitués. Les graffitis y sont omniprésents. Ils furent réalisés par des artistes parfois célèbres, au cours de leur période de formation à Rome, par des amateurs lors du Grand Tour, par des soldats ou des touristes de passage à Rome entre les XVIe et XIXe siècles.

Ces graffitis nous mènent au cœur de la tradition artistique européenne et occidentale. Apposés sur des œuvres majeures, ils sont la survivance de gestes d’empreinte, d’attestation et d’inscription, de signatures et d’écritures individuelles. Trace urbaine griffant les hauts lieux de Rome, le graffiti manifeste un rapport matériel et familier aux œuvres. 

Ce livre invite à un autre regard sur l’art et son histoire : non pas esthétique mais archéologique ; un regard de biais, littéralement. Ainsi rendus à leur visibilité, les graffitis donnent à voir une autre histoire du chef-d’œuvre, matérielle, tactile et anthropologique.

Lauréate de la villa Médicis (2012-2013), Charlotte Guichard est chargée de recherche au CNRS (Institut d’histoire moderne et contemporaine, Paris). Ses travaux portent sur l’histoire de l’art et du patrimoine au XVIIIe siècle. Elle a notamment publié Les Amateurs d’art à Paris au XVIIIe siècle (Champ Vallon, 2008).

Bénédicte Savoy : Pour ce livre, Charlotte Guichard est allée à Rome explorer, probablement avec une lampe de poche, les traces qu'avaient laissées des artistes eux-mêmes sur les œuvres d'autres artistes. Ils allaient noter leur nom pour se graver dans la beauté des autres, pour montrer qu'ils étaient passés par là. Ce que j'adore dans ce livre, c'est qu'on est face à une pratique ancienne qui nous fait penser à autre chose. C'est peut-être le selfie de l'époque.

Recommandé par : Bénédicte Savoy

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Mélancolie des confins - Nord Mathias Enard

Sortant de la clinique de Beelitz où il est venu rendre visite à une amie chère prise dans les glaces d’un accident cérébral, l’auteur transforme son spleen en promenade autant pour se réchauffer que pour chasser la tristesse qui l’étreint. Tandis que tombe la nuit précoce et pluvieuse de l’automne berlinois, Mathias Enard chemine à travers la ville et son histoire. 
Comme dans une conversation intérieure légèrement dantesque, son esprit baguenaude, fouille le temps et la 
géographie, examine la notion protéiforme de frontières, de limites… et déniche partout les clairières, l’espoir mélancolique : dans ses souvenirs, ses lectures ou sa pratique active de l’amitié – laquelle n’est jamais bien éloignée de celle de la littérature. 
"Nord" est le premier volume de cette "Mélancolie des confins" en quatre saisons où Mathias Enard dessine sous nos yeux son atlas personnel, cartographie intime d’un monde tout en hyperliens, inlassablement arpenté. Et trouve, encore une fois, la note juste pour célébrer les rencontres et l’altérité.

Bénédicte Savoy : Dans tout le livre, Mathias Enard déploie, non seulement son goût des confins, son goût de la marche et des marges, mais aussi son goût de la littérature, en langue allemande. Il parle lui-même très bien allemand et il va nous promener de Goethe à Schiller en passant par l'artiste Kette Kollwitz, de manière géographique et géopoétique.

Recommandé par : Bénédicte Savoy

Episode : Dans la bibliothèque de Bénédicte Savoy - Le Book Club

Ecrits radiophoniques Walter Benjamin

Bienvenue au "pays des voix". Ce pays sans frontière où règnent les personnages les plus attachants : Peter Munk le Charbonnier, le petit homme de verre, le roi de la piste de danse ou encore Ezéchiel. Dans Le Cœur froid, merveilleuse adaptation pour la radio d'un conte pour enfants de Wilhelm Hauff, Walter Benjamin nous fait sentir toutes les possibilités poétiques de ce médium, qui vient alors tout juste de faire son entrée dans les foyers européens. Le seul micro parvient à nous entraîner dans un récit aux péripéties rocambolesques. Le bien-nommé Charivari autour de Kasperl donne lui aussi naissance à des caractères bien taillés, tel Monsieur Forgengueul ou encore Lipsuslapus, plongés dans une brume épaisse qui figure tout ce que l'on ne peut voir à la radio. L'imaginaire, celui des enfants autant que celui des adultes, avec des pièces comme Lichtenberg, va nécessairement galopant. Un théâtre radiophonique est né.À l'image d’Orson Welles qui, en 1938, terrorisa les américains avec son canular radiophonique annonçant une pseudo attaque martienne, Walter Benjamin perçoit très rapidement l'incroyable popularité de la radio et la possibilité qu'elle offre d'influer sur la vie de chacun. Dans ses Modèles, il met en scène des situations de la vie quotidienne, que ce soit la manière idéale de négocier une augmentation de salaire ou les écueils à éviter pour qu'une dispute de couple ne finisse en divorce. Ces Modèles, si stupéfiants soient-ils, se veulent avant tout didactiques. L'espace radiophonique, non comme outil de vulgarisation mais pour l'intérêt qu'il suscite auprès d'un large public, devient pour Benjamin le lieu par excellence d'application pratique de ses réflexions sur les moyens de reproductibilité technique et la popularisation de la culture. Il esquisse ici une théorie de la radio, comme le montre un ensemble de lettres et de textes inédits en français qui viennent compléter cette édition. Un nouveau visage de Walter Benjamin, ou plutôt une voix nouvelle, se fait ici entendre. Avec humour, un talent incontestable de metteur en scène et une verve de dialoguiste, Walter Benjamin montre que la radio est un outil, littéraire, pédagogique et culturel, d'exception.

Bénédicte Savoy : Ce texte est d'un recueil d'écrits radiophoniques, puisqu'on oublie souvent qu'une grande part de la pensée de Walter Benjamin s'est faite dans l'oralité. Dans les années 30, il travaillait pour la radio, qui était un média assez nouveau et notamment la radio pour les enfants. J'aime bien l'idée que l'oralité a toujours eu une part dans la pensée, y compris de celle des héros de nos disciplines et que ça peut continuer ou recommencer par là.

Recommandé par : Bénédicte Savoy

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Hitler voulait l'Afrique : Les plans secrets pour une Afrique fasciste (1933-1945) Kum'A N-Dumbe

La Deuxième Guerre mondiale, dominée par le fascisme hitlérien, continue souvent, à travers manuels et mémoires, à être analysée dans une perspective strictement euro-centrique. Or, la guerre fut mondiale et ne se limita pas à l'Europe. Bon nombre d'historiens affirment toujours que Hitler se désintéressait de l'Afrique, que ses ambitions demeuraient strictement européennes, surtout au détriment de l'U. R.S. S. Documents secrets d'archives à l'appui, ce livre apporte la preuve que l'un des buts principaux de la Deuxième Guerre mondiale consistait pour Hitler non pas simplement à récupérer les anciennes colonies allemandes perdues en 1918, mais à modeler une Afrique fasciste du nord au sud, et de l'est à l'ouest, au service d'une Grande Europe allemande. L'Afrique deviendrait ainsi l'immense colonie d'une Europe unifiée et dont la métropole serait Berlin. Le livre dévoile les promesses fallacieuses faites par Hitler aux Arabes, il révèle les visées d'exploitation économique maximale du continent, les origines de l'Eurafrique qui, depuis, a fait son chemin, l'application des théories raciales nazies sur les Africains, la militarisation de l'Afrique, le continent devant servir de base d'agression contre les U. S.A., la programmation avec certains hommes politiques racistes d'Afrique du Sud d'un Ordre Nouveau en Afrique, ceux-là mêmes qui, après la guerre, réussiront à prendre le pouvoir et à instaurer l'apartheid. Cet ouvrage est le résultat de recherches effectuées dans les archives de l'Allemagne fédérale, de l'Allemagne démocratique et des U. S.A., l'auteur ayant eu le privilège de consulter les archives des pays de l'Est et de l'Ouest.

Bénédicte Savoy : L'historien Alexandre Kum’A N’Dumbe III vit à Douala, au Cameroun, mais il a longtemps vécu et enseigné à l'université en Allemagne. C'est un grand germaniste camerounais, qui doit avoir un peu plus de 80 ans aujourd'hui. Il est vraiment le représentant de cette élite intellectuelle camerounaise germanophone très au fait de la culture allemande, et ce qui est passionnant dans tout son travail, c'est qu'il inverse la perspective. Très grand spécialiste de l'histoire telle qu'elle est écrite par les historiens occidentaux, allemands, européens, il retourne la perspective et pose les questions depuis le Cameroun, depuis l'Afrique. C'est une voix très importante et pour moi, et particulièrement touchante, parce qu'on parle en allemand ensemble et cela crée une amitié intellectuelle et transgénérationnelle.

Recommandé par : Bénédicte Savoy

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L'homme qui se prenait pour Napoléon Laure Murat

Au lendemain du retour des cendres de Napoléon Iᵉʳ, en 1840, le directeur de Bicêtre voit arriver dans son asile quatorze nouveaux "empereurs". Tous les fous, dit-on, se prennent pour Napoléon. Que disent les archives ? Et pourquoi Napoléon, mieux que Louis XIV ? Voici une histoire de France à partir du registre des asiles. Ou comment un horloger bien vivant croit avoir "perdu la tête" sous la guillotine... ou pourquoi l'encombrant Marquis de Sade est enfermé comme aliéné. Comment délire-t-on l'histoire ? Que signifie la raison d'État face à la "folie" révolutionnaire ? Dans cette enquête passionnante, Laure Murat pose les jalons d'une nouvelle réflexion sur l'histoire et son imaginaire.

Bénédicte Savoy : Le musée du Prado m'avait demandé de revenir sur les grandes restitutions de 1815, le moment où la France, après Napoléon, a été obligée de rendre tout, ou presque, ce qu'elle avait pris en Europe sous la Révolution et l'Empire. Tout cela m'a rappelé que la période napoléonienne avait aussi été une période de fous et que Laure Murat avait consacré tout un livre à la manière d'écrire l'histoire par la folie ou de regarder quel type de folie l'histoire avait produit à chaque moment. Elle s'est intéressée à l'émergence de très nombreux empereurs, juste avant, pendant et après l'Empire. Ce sont des gens qui se prennent pour des empereurs, des mégalomanes, et pour ce travail, Laure Murat a recherché dans des archives de ce qu'on appelait à l'époque des asiles de fous : c'est passionnant.

Recommandé par : Bénédicte Savoy

Episode : Dans la bibliothèque de Bénédicte Savoy - Le Book Club

Bénédicte Savoy apparait dans les épisodes suivants :

Le Book Club diffusé le 20/03/2026

Dans la bibliothèque de Bénédicte Savoy

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