Livres recommandés par P.R2B
Poteaux d'angle Henri Michaux
S'est-il jamais senti de ce monde ? A-t-il jamais perçu une appartenance, une parenté, une filiation ? Henri Michaux semble être né par mégarde et l'existence lui fut souvent à charge. Entre lui et les choses, entre lui et les êtres : un abîme. Un abîme qui déborde d'un bric-à-brac de peurs, de sursauts, de cris, de hantises, de rires cruels, de scalps, d'insomnies.Henri Michaux est singulier parce qu'il est radicalement seul, abandonné, retranché, exclu. Abandonné volontaire, retranché volontaire, exclu volontaire. S'il ne fuit pas systématiquement les autres, s'il se trouve des compagnies, il a en lui ce surcroît de lucidité ou d'alarme qui maintient la distance, ce tranchant de l'intelligence qui coupe jusqu'à l'air du temps.Aussi, quand il aborde un genre littéraire a priori peu fait pour lui, celui très noble des "Pensées", il s'emploie à le détourner, le dévoyer, le mettre en péril et en perdition. Les Poteaux d'angle d'Henri Michaux apparaissent comme les plus égarants et les plus réjouissants poteaux indicateurs jamais offerts au balisage de la raison, de la conscience et de nos comportements grégaires. Ce sont des aphorismes pour vivre à l'écart, des préceptes pour ne pas se laisser faire, des réflexions à contre-norme, des conseils qui n'ont pas de conseils à vous donner.
P.R2B : C’est le compagnon de ma cousine qui m'offre ce livre, et je sens dans ses yeux une sorte de gravité. Il m’a dit qu’il fallait que je le lise. J’ai un peu résisté, parce que je sais, qu’il y a des livres qui me font peur, car je pressens qu’il va se passer quelque chose. Et c’est ce qui est arrivé quand j’ai ouvert ce livre. Ce livre m'a beaucoup accompagné dans la vie. Je l’ai pris à chaque fois, soit pour m'aider, soit pour retrouver ce choc de la première lecture.
Matthieu Pigasse : Un livre tout petit, un livre d’aphorisme, qui est pour moi extraordinaire et dans lequel il y a des phrases comme ça, incroyable : « Faute de soleil, sache murir dans la glace », qui est pour moi une philosophie de vie. « Que faire de la soif dans un pays sans eau ? De la fierté ». Michaux est un poète non pas français mais belge du XXe siècle, incroyablement méconnu, probablement un des plus grands poète de la langue française, magnifique, mais de combat, dur.
Recommandé par : P.R2B (et aussi par Matthieu Pigasse)
Fun home, une tragicomédie familiale Alison Bechdel
Une autobiographie familiale à l’humour sombre et à la lucidité éblouissante.
Une petite ville de Pennsylvanie, un salon funéraire : le Fun Home. Alison grandit dans ce cadre peu banal, entre secrets de famille et blessures cachées. Jusqu’à ce qu’elle découvre son homosexualité et en même temps celle du tyran charmant qu’est son père.
Cette plongée vertigineuse dans les non-dits d'une famille américaine est le prétexte à revisiter l'une des plus grandes révolutions du XXe siècle – celle des genres sexuels.
P.R2B : L'œuvre de Bechdel, une imbrication sublime, c'est extrêmement rare d'arriver à pouvoir parler de philosophie de poésie, et de les relier à la pensée permanente et à l'intimité. Cette BD est venue me toucher à un endroit extrêmement personnel et j'ai l'impression qu’on fait de l'art aussi pour ça. Achaque fois que je lis du Alison Bechdel, la vie est quand même moins triste, alors même qu’elle parle de choses monstrueuses.
Recommandé par : P.R2B
Les guérillères Monique Wittig
Publié cinq ans après L'Opoponax, Les Guérillères, second livre de Monique Wittig, vient à son heure pour souligner et fortifier notre conviction. Le talent de cet écrivain le porte, j'allais écrire, pour notre plaisir et notre profonde satisfaction, à faire du récit le lieu naturel de la contestation du langage, non pas contestation abrupte et maladroite, mais contestation habile par le biais d'une opération beaucoup plus subtile et toujours séduisante. Il semble, en effet, que mots et phrases soient deux fois présents dans le texte : d'abord comme les mots et les phrases de l'usage traditionnel, ensuite comme éléments actifs de l'autodestruction. La métamorphose est très frappante dans ce nouveau livre. Convaincante aussi, tant est sensible le renouveau des images, et leur force. Notons pour commencer, que les Guérillères (ce curieux féminin de « guérilleros ») ne sont ni les cousines, ni les lointaines descendantes des Amazones auxquelles Hérodote prêta le nom scythe d'Oiorpata, ou tueuses d'hommes. La destruction de l'homme n'est pas l'enjeu du combat que les guérillères ont décidé de mener jusqu'à son therme. Ce qu'elles combattent, c'est l'oppression, ou plutôt sa cause, le langage, celui qu'elles ont reçu des hommes, lesquels les ont, par ce moyen, d'abord nommées, puis soumises et réduites à la merci des mots. Ce qu'elles veulent promouvoir, c'est un monde nouveau où elles retrouveront l'expression de l'indépendance originelle. André Dalmas, La Quinzaine littéraire (novembre 1969). Mon but a été de faire que le elles arrive comme un choc pour le lecteur, comme une surprise ; puisqu'elles tient tout le récit il doit s'en suivre une sorte de désorientation. Le lecteur entre dans un livre et se trouve confronté avec un elles qui n'est pas familier, pas ordinaire et qui est nouveau et héroïque. En tout cas, c'est ce qui m'a guidée et l'espoir que ce elles pourrait situer le lecteur dans un espace au-delà des catégories de sexe pour la durée du livre. C'est peut-être ici que réside l'utopie. Monique Wittig.
P.R2B : Avant de lire ce livre de Monique Wittig, j'avais lu L‘opoponax, et ça m'avait bouleversée et traumatisée en même temps. Les livres de Monique Wittig m’ont fait me confronter à l’inconfort de nommer autrement et de changer la manière d’écrire. Je trouve extrêmement joyeux le fait de se dire qu'on peut inventer, renommer, refaire et défaire.
Recommandé par : P.R2B
La Beauté de la lumière Etel Adnan, Laure Adler
Dans ces entretiens avec Laure Adler réalisés peu de mois avant sa mort en automne 2021, Etel Adnan retrace avec profondeur et émotion les expériences fondatrices de sa démarche artistique, entre la poésie et la peinture. De sa jeunesse au Liban à sa reconnaissance tardive (et « fatigante ») lors de la Documenta en 2013, en passant par ses années américaines à New York et surtout en Californie, la conversation devient vite complice, et c’est le destin parfois difficile des femmes qui est revisité, questionné.
Ce qui est étonnant, c’est la tonalité vivifiante et primesautière du livre, et l’absolue croyance en la beauté qui l’habite : la beauté du monde, la beauté de l’art. La conclusion est en vérité une magnifique ouverture : « Aujourd’hui, c’est le printemps. Il y a cette belle lumière. Regardez, les fleurs dans le vase. L’olivier sur le balcon. C’est une bonne journée. »
P.R2B : J’aime que les artistes parlent de ce qui les meut et souvent, je trouve très beaux les mots qu'ils choisissent, parce qu'il y a évidemment les mots de la littérature, mais il aussi les mots qu'on choisit pour définir qui on est qui, pour définir son art. Quand Etel Adnan parle de ce qu'elle fait, de ce qu'elle est, elle est poète à chaque fois, à chaque endroit de sa vie. Elle fait partie des rares personnes que j’ai regretté de ne pas avoir rencontrée. Je me suis dit que si on pouvait juste être à ses côtés et la voir, on devait surement être béni de quelque chose.
Recommandé par : P.R2B
Angels in America Tony Kushner
Angels in America est une pièce qui se présente en deux volets : Le Millenium approche et Perestroïka.
À New-York, à l'automne 1985, plusieurs histoires personnelles et plusieurs aventures collectives se conjuguent. Il y a Prior et Louis, qui s'aiment, mais la maladie (le sida) les sépare ; un couple mal accordé, Harper et Joe, troublé par une sexualité incertaine et des croyances religieuses pesantes ; un grand avocat d'affaires, Roy M. Cohn, impliqué dans les scandales financiers et politiques du parti de Reagan ou du maccarthysme antérieur, et dont la vie est aussi en danger ; il y a Belize, infirmier miséricordieux, lourd du double handicap d'être Noir et drag queen… Il y a aussi le fantôme d'Ethel Rosenberg et un Ange qui élit Prior comme prophète d'un Occident mal portant, avant de rejoindre ses congénères dans un paradis aride et déserté par Dieu… Tous aiment, souffrent, luttent, se mesurent à de grands enjeux, désemparés face au grand rêve perdu de l'Amérique.
P.R2B : J’ai découvert cette pièce au Festival d'Avignon, montéé par Krzysztof Warlikowski. C'est une pièce gigantesque, en deux parties, qui dure 5h30-6h. Tony Kushner y dresse un tableau de l'Amérique au moment où le sida commence à envahir le monde. En fait, c'est une grande fresque de l'Amérique et une grande fresque de la vie et de l'amour. C’est une pièce folle et sidérante et j'encourage vraiment tout le monde à lire Angels in América.
Recommandé par : P.R2B
P.R2B apparait dans les épisodes suivants :
Le Book Club diffusé le 20/02/2026
Dans la bibliothèque de P.R2B
S'abonner à la newsletter
Inscrivez-vous pour recevoir les derniers livres ajoutés sur le site une fois par semaine




