Comment naquit la guerre de 14 Alfred Fabre-Luce
Alfred Fabre-Luce a commencé à étudier les causes de la guerre de 1914 dans un livre La Victoire (1924) qui, bravant les mythes et les mensonges, fit à l'époque scandale et qui exerça une profonde influence. L'histoire officielle affirmait alors que la Première Guerre mondiale était née d'un complot contre la paix ourdi par les gouvernements de Vienne et de Berlin. A deux reprises, en 1935 puis en 1951, des commissions internationales d'historiens firent justice de cette allégation et confirmèrent les analyses du jeune auteur français. On considère depuis qu'on ne peut attribuer à aucun gouvernement une volonté préméditée de guerre. Les recherches se poursuivirent et accentuèrent ces premières conclusions, comme le montre bien la préface de Georges-Henri Soutou, qui situe la personnalité et les travaux d'Alfred Fabre-Luce dans la galerie des historiens et des témoins de la guerre de 14-18. Alfred Fabre-Luce y contribua à nouveau, notamment en 1967, dans son livre L'Histoire démaquillée, à propos de l'attentat de Sarajevo et de l'attitude du gouvernement français devant la mobilisation russe. L'essentiel de ses écrits sur ces questions est réuni ici. Leur lecture permet de retrouver le talent de celui qui fut le premier historien lucide de cette crise. Elle permet aussi de dresser le tableau véridique des causes de la catastrophe européenne.
Jean-Louis Bourlanges : Ces temps-ci, je suis plongé dans des travaux ayant trait à l’entre-deux-guerres et à la guerre froide, et cela m’a conduit vers un ouvrage d’histoire que je n’avais jamais lu, Comment naquit la guerre de 1914 d’Alfred Fabre-Luce, préfacé par Georges-Henri Soutou. Ce livre m’a beaucoup intéressé parce qu’il prend résolument le contre-pied d’une certaine tradition historiographique française en réexaminant les responsabilités du déclenchement de la guerre et en soulignant, avec un relativisme stimulant, le rôle central de la Russie — et, à mes yeux, celui de l’Allemagne — là où la thèse contemporaine des « somnambules » tend davantage à diluer les responsabilités. L’ouvrage devient encore plus passionnant lorsqu’il aborde l’après-guerre et livre une critique sévère de la politique française d’occupation de la Ruhr, montrant comment la France n’a pas su transformer intelligemment sa victoire ni saisir les ouvertures apparues avec Stresemann. Fabre-Luce me paraît se tromper lorsqu’il voit dans Munich une ultime victoire de la sécurité collective, et sans doute sous-estime-t-il aussi le poids décisif de l’état-major prussien, mais précisément ces erreurs et ces partis pris rendent sa lecture féconde. Au fond, ce livre invite à réfléchir à une question qui demeure actuelle : il n’y a pas d’ordre européen durable sans communauté de valeurs démocratiques, et c’est peut-être là la leçon historique la plus importante.
Ce livre est recommandé par : Jean-Louis Bourlanges
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