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Perlefter, histoire d'un bourgeois Joseph Roth

Il est aussi rare de trouver des inédits de grands écrivains disparus que des textes de grands auteurs étrangers qui ne soient pas encore traduits. Ces deux éléments sont exceptionnellement réunis dans ce volume qui rassemble un roman inachevé de Joseph Roth, exhumé en 1978, soit près de quarante ans après sa mort, et huit nouvelles qui n'ont encore jamais paru en français. C'est dire l'importance de cet ensemble, qui vient enrichir l'œuvre de l'un des romanciers majeurs du XXe siècle.
Perlefter, histoire d'un bourgeois est le portrait éblouissant d'un conformiste. Homme tiède, hypocrite, incapable d'aimer ou de haïr, égoïste, pingre et pétri de peurs, cet affairiste se montre prêt à toutes les compromissions dès lors qu'elles servent ses intérêts. Il sait s'adapter à tous les régimes, la monarchie comme la république, mais redoute la révolution et toute forme de désordre susceptible de nuire à sa réussite. Perlefter est le prototype de ces opportunistes qui, le moment venu, soutiendront sans scrupules Hitler et son régime.
Roman politique et social, Perlefter, histoire d'un bourgeois offre une fascinante étude de caractères, comme chacune des nouvelles ici magnifiquement restituées par Pierre Deshusses. On y retrouve l'une des caractéristiques de Joseph Roth : la nostalgie d'un monde perdu, avec cette tension constante entre le passé et le présent. Mais si l'auteur de La Marche de Radetzky refuse l'exaltation du progrès et de la modernité, il n'idéalise pas pour autant cet univers disparu et fait preuve à son égard d'une grande lucidité critique, y décelant des germes de violence et de brutalité annonciateurs du pire.
La force de ces récits tient aussi à l'écriture de Roth : ce style si particulier et si bien rythmé où alternent évocations sensorielles et pointes philosophiques, satire et paradoxes.

David Djaïz : Je voudrais recommander ce roman de Joseph Roth, récemment publié en français. Kundera rappelait que les Français connaissent Kafka et Musil, mais qu’il existe derrière eux tout un continent — celui de la littérature d’Europe centrale et orientale, notamment juive — avec des figures comme Imre Kertész, Hermann Broch ou Roth lui-même, auteur de La Marche de Radetzky. Ce livre retrace l’itinéraire d’un bourgeois d’Europe centrale ; je n’en dirai pas davantage, sinon qu’il est magnifique. Sa lecture — comme celle de Roth en général — fait mesurer combien la destruction de ce foyer intellectuel qu’était la littérature juive d’Europe orientale a constitué une perte immense pour l’Europe du XXème siècle, tant elle en était l’un des poumons intellectuels.

Ce livre est recommandé par : David Djaïz

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