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Comment pensent les démocraties : Les ressorts cachés des idéologies Marcel Gauchet

Il y a l'idéologie que chacun se plaît à dénoncer chez son contradicteur, et il y a les idéologies qui organisent le champ des identités politiques et inspirent les grands mouvements d'opinion. C'est de ces idéologies-là que traite ce livre. 

Apparues au XIXe siècle avec l'avènement des sociétés démocratiques modernes, elles prennent la relève de la religion comme grilles de lecture du monde social quand celui-ci bascule de l'obéissance au passé à l'invention de l'avenir. Un espace de choix s'ouvre alors à la liberté des hommes, que les idéologies viennent remplir. 

Pour autant, le pouvoir idéologique reste un mystère. Marx, qui a longtemps fait autorité en la matière, l'élucide en en faisant l'instrument intellectuel de la domination de la classe bourgeoise. En rupture avec cette thèse, Marcel Gauchet propose une explication qui ancre plus profondément les ressorts du phénomène. Sous la dynamique capitaliste, il distingue une dynamique politique propre à la société de l'histoire qui engendre au gré des conjonctures des « pensables » et des « croyables » où les idéologies puisent leurs matériaux. 

Cet éclairage original permet une réinterprétation d'ensemble du parcours des idéologies qui ont successivement dominé l'esprit de leur époque. Ainsi se dessine une histoire intellectuelle renouvelée de l'expérience démocratique faisant la part belle au néolibéralisme qui bouleverse souterrainement tous les repères politiques et sociaux depuis les années 1970.

Antoine Foucher : Pour comprendre l’évolution de l’Occident, en particulier de l’Europe et singulièrement de la France, la matrice explicative proposée par Marcel Gauchet demeure, à mes yeux, décisive. Sa thèse de la sortie de la religion, ou plus largement de la sortie de la tradition — le passage de sociétés structurées par leur passé à des sociétés d’individus où tout est à reconstruire, de la famille au travail en passant par la nation — éclaire puissamment les tendances de fond que nous traversons. Dans cet ouvrage-ci, il ne propose pas de thèses radicalement nouvelles ; il reprend et réarticule son cadre d’analyse. Mais cette piqûre de rappel sur le temps long, sur la nouveauté absolue de notre condition d’individus mobiles se définissant d’abord eux-mêmes plutôt que par leur appartenance collective, est salutaire. C’est, selon moi, l’une des grilles de lecture les plus solides pour comprendre ce qui nous arrive — et pour tenter, ensuite, de reconstruire du collectif à partir des individus. Même lorsqu’on croit connaître Gauchet par cœur, cette remise en perspective fait du bien.

Ce livre est recommandé par : Antoine Foucher

Ce livre est mentionné dans :

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